LA
FORCE ET LA DÉFAITE
Que s'est-il
passé au printemps 2003 ? Comment le gouvernement a-t-il pu
faire voter sa loi de régression sociale sur les retraites, maintenir
son projet de décentralisation, c'est-à-dire de démantèlement pour
les 90 000 T.O.S. et les 40 000 agents des D.D.E. ? Sans compter
toutes les mesures qui jour après jour permettent aux plus aisés
d'améliorer leur sort, aux plus pauvres, aux plus fragiles de s'appauvrir
et de s'angoisser face à la précarisation de l'existence qui est
l'idéal du néolibéralisme depuis les années 1930. Reprenons la chronologie
des événements.
18 mars :
Journée nationale d'action. La F.S.U. provoque une Assemblée Générale
à la mairie de Perpignan. Sa direction, sous le prétexte de la présence
de personnels non syndiqués à la F.S.U., refuse le vote de la reconduction
de la grève. En outre, au cours des débats, elle fait de la question
des retraites la question essentielle au détriment du problème de
la décentralisation malgré une salle prête à l'action et préoccupée
par le projet gouvernemental de démantèlement des services publics.
Finalement,
la décision est prise - sans l'aval de la F.S.U. - de fonder une
coordination départementale interprofessionnelle ouverte à tous
(syndiqués et non syndiqués) pour préparer l'action à partir du
3 avril. Un responsable du S.N.E.S. y participera régulièrement.
3 avril :
Début de la grève reconductible à partir de votes d'Assemblées Générales
d'établissements ou de secteurs. Un comité de grève se constituera
dans la foulée.
Jusqu'aux
vacances de Pâques, alors que certaines organisations syndicales
comme l'U.N.S.A. ou le S.G.E.N.-C.F.D.T. sont carrément absentes,
l'attitude de la F.S.U. est pour le moins ambiguë. D'une part, ses
responsables sont présents, certains de ses adhérents actifs et
sincères. D'autre part, ces responsables ne font rien pour faciliter
le travail du comité de grève, au contraire. Sa légitimité est contestée.
Le SNUipp/
F.S.U. tentera de faire reprendre le travail dans le premier degré
(AG du 11 avril). Si la grève s'étend, elle a du mal à se généraliser.
Pendant
les vacances de Pâques : le comité de grève continue à se réunir.
1er
mai : La F.S.U. s'accorde avec la C.G.T., F.O., l'U.N.S.A.
pour refuser physiquement aux personnels de l'éducation
(T.O.S., surveillants, enseignants etc.) syndiqués ou non, pour
certains dans les organisations syndicales susnommées, de prendre
la tête de la manifestation derrière la bannière du comité de grève
des Pyrénées Orientales. Le gouvernement n'a guère besoin de répression !
A partir
de la rentrée, le 6 mai, l'intersyndicale luttera avec un certain
succès contre le comité de grève en laissant la voie/voix libre
à Raffarin, Fillon, Ferry et autres Sarkozy. Dans le même temps,
le S.N.E.S. et le SNUipp appelaient à la reconduction de la grève.
Les adhérents de ces syndicats participaient massivement aux actions.
13 mai :
De façon très physique, les organisations (F.S.U.
et C.G.T. notamment) de l'intersyndicale empêchent un représentant
du comité de grève de prendre la parole à l'issue d'une énorme manifestation
d'au moins vingt mille personnes à Perpignan. Il aurait certainement,
contrairement à leurs appels, prôné la grève générale.
14 mai :
Les cheminots sont en grève reconductible avec les postiers. On
pense que la grève générale est en bonne voie.
15 mai :
l'espoir s'éteint, ceux qui avaient reconduit le 14 ont repris le
travail.
25 mai :
Ceux qui peuvent montent ce joindre à la plus grande manifestation
jamais vu à Paris selon les propos des agents des renseignements
généraux interrogés sur le parcours. Si leur chiffre officiel minimise
le nombre de participants, 300 000, il est quand même supérieur
au chiffre de 1994, 260 000. Si en 1994, les syndicats comptaient
1 million de manifestants, ils n'en trouvent plus que 600 000. Le
mot d'ordre de grève générale est bien sûr oublié. Dans le même
temps, des milliers de personnes manifestent à Perpignan.
10 juin :
La ville de Perpignan est bloquée. Le comité de grève appelle à
la même action le 12 juin, premier jour du baccalauréat.
12 juin :
La F.S.U. a appelé à occuper l'inspection académique : on imagine
l'angoisse du gouvernement. Certains de ses ténors appellent sur
FR3 à faire passer le bac en faisant grève tout en surveillant,
pendant que la position officielle était d'appeler les personnels
à faire grève sans gêner le bac. De son côté, la C.G.T. faisait
tout pour que les cheminots et les agents de la
D.D.E. ne participent pas au blocage de la ville. D'où l'échec de
l'action.
19 juin :
Dernière « grande » manifestation à Perpignan à l'appel
des principales organisations syndicales. L'abandon des T.O.S. et
des agents de la D.D.E. se dessine.
A partir
du 12 juin, le découragement ou la colère gagnent ceux qui depuis
2 mois et demi manifestèrent, participèrent à des actions diverses
(interpellations de députés, blocage de l'autoroute, etc.). De nombreux
collègues reprennent le travail.
Comment
un mouvement plus puissant que ceux de 2000 et de 1995 a-t-il pu
à ce point ne pas réussir ?
Un adhérent