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Devons-nous
syndiquer les salariés
de l'enseignement privé à SUD Education ?
Avant
d'aborder cette délicate question en elle-même, nous nous permettons
de faire deux constats. Primo, le désormais fameux article
5 des statuts actuels de la Fédération SUD Education autorise,
« à titre expérimental », de syndiquer les personnels
de l'enseignement privé. Il ne s'agit pas là d'un argument d'autorité
(cet article pouvant, comme tout autre, être modifié), mais d'une
indication claire sur ce que SUD Education a été dans l'esprit
de ses fondateurs. Secundo, Le nom même de notre syndicat,
par sa généralité, ne contient nulle restriction à l'encontre
de l'enseignement privé. Ce n'est pas là une remarque triviale :
cela signifie au contraire que nous considérons l'éducation (qui,
de fait, inclut l'enseignement privé) comme un ensemble ayant
une certaine unité, et que c'est avant tout à l'intérieur de cette
unité que nous menons notre action syndicale, même si cela n'exclut
pas que nous nous engagions dans d'autres luttes (celle des sans-papiers
par exemple).
Ces
deux constats ne doivent toutefois pas nous dispenser d'une réflexion
de fond. Malgré nos divisions sur cette question, nous pouvons
probablement tous admettre qu'une condition nécessaire, mais peut-être
pas suffisante, pour que les salariés de l'enseignement privé
puissent être syndiqués à SUD Education, est leur adhésion aux
valeurs que nous défendons. Or parmi ces valeurs, il en est deux
qui semblent, sinon s'opposer à cette syndicalisation, du moins
la rendre paradoxale ou problématique : la gratuité de l'enseignement
et la laïcité, deux "piliers" de l'école républicaine1.
La
question devient donc : ceux qui travaillent pour l'école
privée peuvent-ils adhérer aux valeurs de l'école publique, notamment
celles qui ne sont pas reconnues ou appliquées dans l'école privée ?
La réponse est évidemment positive, ne serait-ce que du fait qu'un
nombre important de salariés de l'enseignement privé, notamment
d'enseignants, ne sont pas dans le privé par choix mais par nécessité
(échec au concours, crainte d'un éloignement géographique de leur
famille, .), de même que, du reste, de nombreux vacataires et
contractuels du public. Il faut donc bien distinguer les valeurs
de l'école privée des personnels qui y travaillent : si ces
derniers partagent nos convictions, leur appartenance au privé
ne doit pas suffire à refuser leur adhésion à SUD Education. Et
par là est réfuté l'argument consistant à dire que nous ne saurions
accueillir ceux qui pourraient avoir des revendications opposées
aux nôtres, c'est-à-dire par exemple l'augmentation des subventions
d'Etat en faveur de l'enseignement privé. Car même si SUD Education
revendique le contraire, voire la disparition pure et simple de
l'enseignement privé (point que nous n'aborderons pas ici), ces
revendications, dans la mesure où leur satisfaction impliquerait
une augmentation du recrutement dans l'Education nationale, pourrait
bien être vivement souhaitée par certains personnels de
l'enseignement privé.
Par
conséquent, de deux choses l'une : soit les salariés de l'enseignement
privé se reconnaissent dans les valeurs de SUD Education, et souhaitent
y entrer pour mener nos combats, auquel cas rien ne s'oppose
à ce que nous les accueillions ; soit ils ne partagent pas
tout ou partie de nos valeurs, et ils n'ont aucune raison de vouloir
nous rejoindre, puisque leurs cotisations serviraient à promouvoir
des valeurs et soutenir des luttes dans lesquelles ils ne se reconnaîtraient
pas.
Aussi
la question se transforme-t-elle à nouveau : les personnels
de l'enseignement public et ceux de l'enseignement privé ont-ils
des luttes à mener ensemble ? Ce qui les réunit est-il plus
important que ce qui les sépare ? Si certains salariés de
l'enseignement privé répondent positivement à ces questions, pourquoi
refuser cette occasion de les accueillir dans nos rangs ?
________________
1
Remarquons au passage que l’attachement – fort
légitime – à ces valeurs, peut-être
parfois allié à un certain anticléricalisme,
semblent provoquer chez certains des réactions passionnelles
de rejet de tout ce qui vient de l’enseignement privé.
Rejetons ce qui doit être rejeté, mais après
réflexion et pas par une réaction “épidermique”.
Un
adhérent