
Retour
au sommaire des articles
UNITÉ,
VOUS AVEZ DIT UNITÉ ?
1)
Mars : le défilé des luttes dispersées
Le 6
mars, le 9, le 11, le 13, le 17, le 19, le 20, les chômeurs
et les femmes, la Recherche, l’Hôpital, les enseignants,
les sans-papiers, les intermittents, les travailleurs sociaux…
Chacun aura pu constater, en mars dernier, le foisonnement des mobilisations
de collectifs, des manifestations et des grèves par secteurs.
Ce foisonnement est en soi remarquable, qui montre une fois de plus
la détermination à se battre pour sauvegarder « malgré
tout » nos droits sociaux et nos libertés fondamentales.
Depuis
2002, le gouvernement n’a cessé de s’attaquer
à l’emploi, aux acquis sociaux des salariés,
au droit syndical, au droit d’expression, aux services publics
et aux organismes qui assurent la solidarité dans ce pays.
La précarité n’a fait qu’augmenter. Le
code du travail, les systèmes de retraite, la sécurité
sociale et l’Assistance maladie, les services publics, les
hôpitaux, l’école…sont remis systématiquement
en cause, livrés aux exigences du MEDEF et aux appétits
des grands marchés financiers.
Mais
face aux attaques anti-sociales et répressives, tous azimuts,
du gouvernement SEILLIERE-CHIRAC-RAFFARIN II / RAFFARIN III,
la succession des luttes isolées, sectorielles, voire catégorielles
(aussi légitimes soient-elles), est-elle franchement une
réponse adaptée ?
Qui
peut comprendre que ces luttes au coup par coup, véritables
îlots de Résistance (quasi-héroïques) des
acteurs du mouvement social ne puissent trouver une convergence
pourtant si évidente ?
Que
sont devenues les mobilisations massives unitaires et les actions
interprofessionnelles du printemps dernier ?
2)
les stratégies au sommet : un silence assourdissant
Mars
2003- mars 2004 : dans l’Education nationale en tout cas,
tout se passe comme si notre lutte n’avait pas eu lieu. L’intersyndicale
« unitaire » nationale (FERC- CGT, FSU, SGEN-CFDT, UNSA
éducation) aurait-elle définitivement enterré
le cheval de bataille, alors que le démantèlement
de l’ EN s’est accéléré durant
toute cette période ?
Comment
interpréter les longs mois de silence qui ont suivi l’échec
de nos mobilisations : année « traditionnelle »
de deuil, temps nécessaire à la digestion difficile
des couleuvres, Congrès départementaux et nationaux
obligent ?
Et puis,
d’un coup, les grandes bureaucraties décrètent
au sommet la journée unique du 12 mars ; grève «
tombée d’en haut », mais surtout savamment placée
« dans le paysage » (au fait, syndical ou politique
?) des échéances électorales toutes proches…
Certes,
les résultats des Régionales constituent un rejet
historique de la politique ultra-libérale menée depuis
deux ans. Et il ne fait aucun doute que ce rejet est en grande partie
la traduction des mobilisations sociales qui ont jalonné
l’année 2003-2004, avec notamment notre lutte exemplaire
dans l’EN.
Est-ce
à dire que le mouvement syndical doive s’en remettre
uniquement aux échéances politiques ?
Eu égard
au mécontentement social, à l’exigence d’une
autre orientation de la politique économique et sociale,
les grandes organisations syndicales n’ont-elles pas une autre
responsabilité à assumer ? Or QUELLE STRATEGIE CLAIRE
proposent-elles pour contrer l’offensive gouvernementale et
patronale ?
Et que
penser à ce jour de leur mutisme, comme celui des partis
« de gauche » leurs alliés avant et pendant la
campagne électorale, sur la destruction du système
de santé et de protection sociale ?
Sérieusement,
comment croire qu’une telle épée de Damoclès,
qui menace l’ensemble de la population (travailleurs et chômeurs,
public et privé, ouvriers et employés, étudiants
et salariés, jeunes et vieux, français et immigrés…)
ne puisse fédérer les « Grands » du monde
syndical ? De l’aveu même de Bernard Thibault, «
Les syndicats restent dans l’incapacité de structurer
une action collective efficace en direction du patronat et des pouvoirs
publics.
LA DISPERSION
ET LA SINGULARITE DE NOS INTERVENTIONS COMPTENT PLUS QUE L’EFFICACITE
COLLECTIVE (?) C’est UN CONSTAT NAVRANT POUR LE SYNDICALISME
FRANÇAIS (SIC !!!) » (INTERVIEW THIBAULT – LA
TRIBUNE- 08/04)
Les grandes
bureaucraties auraient-elles basculé dans la logique d’un
syndicalisme d’accompagnement ?
3)
Les stratégies locales : la dialectique du DIRE et du FAIRE
Dans
notre département, les bureaucraties des syndicats majoritaires
ont un comportement amnésique similaire à celui de
leur haute hiérarchie.
AURAIENT-ELLES
TOUT OUBLIE DE NOS REVENDICATIONS DU PRINTEMPS DERNIER ?
Le refus
de la décentralisation avait en effet conduit tous les personnels
de l’Education nationale du département à s’unir
dans une mobilisation inter-catégorielle. Toutes nos revendications
ont clairement mis en avant la nécessité de sortir
des clivages inter-catégoriels, souvent intrinsèquement
liés à des pratiques syndicales trop corporatistes.
C’est
que les personnels étaient bien conscients que le transfert
aux régions ne s’arrêterait pas aux seuls personnels
concernés, mais avait au contraire vocation à s’étendre
avec, à plus ou moins long terme, la privatisation des missions
correspondantes. (CF rubrique « Documents » : article
« Décentralisation et transfert des personnels aux
régions : les fédérations syndicales de l’Education
nationale ont-elles abandonné la lutte ? »)
Ces
personnels ont largement prouvé que le « tous ensemble
» était possible. Ils l’ont construit «
à la base », à travers les structures de Coordination
Départementale 66 puis de Comité de Grève de
l’Education Nationale 66. N’oublions pas que ces formes
auto-organisées de lutte ont été chez nous
les seules à même à réussir le dépassement
des intérêts corporatistes, à rassembler, à
construire l’unité inter-catégorielle.
Dès
le mois de mars 2003, les personnels ont aussi clairement exprimé
leur volonté de rompre avec la pratique des grèves
de 24H, pratique trop convenue, journée unique, encore une
fois corporatiste, de comptage des forces largement dépassée
face aux enjeux.
La Coordination
Départementale 66 et son « appel à la grève
reconductible », ne l’oublions pas non plus, sont nés
de l’attentisme et du refus des syndicats majoritaires départementaux
d’impulser la reconductible, n’ayant pas reçu
l’ordre de leur direction nationale.
En ce
printemps 2004, les bureaucraties départementales feignent
de reprendre l’initiative. On DIT qu’aucune mobilisation
ne se décrète en appuyant sur un bouton. On DIT qu’il
faut fédérer toutes les actions. On DIT qu’on
prend toutes ses responsabilités, avec tous ceux qui le souhaitent,
et SANS EXCLUSIVE (sic ?).
Pourtant
concrètement, dans les FAITS, que se passe-t-il au juste
?
Rien
jusqu’au début du mois de mars, où l’on
simule une « concertation » de l’intersyndicale
66 en préparation à la grève du 12 mars.
Sud
Education participe à la réunion et revendique un
vrai cadre unitaire d’action :
- texte d’appel intersyndical unitaire local, autre que l’appel
national des confédérations jugé insuffisant,
car vidé des contenus revendicatifs qui ont porté
notre lutte dernière (décentralisation en particulier).
- AG et manifestation unitaires (c’est le minimum lorsqu’on
prétend vouloir construire l’unité !)
D’emblée,
Sud Education se heurte au veto de la FSU et de l’UNSA Education
qui imposent le texte national et refusent catégoriquement
l’idée même d’une AG unitaire, craignant
d’éventuels « débordements » (sic).
A Sud
Education, nous ne savons pas ce que sont les « débordements
». Nos pratiques syndicales reposent sur des principes démocratiques
aussi simples qu’essentiels: nous considérons que les
débats menés en AG, et les décisions prises
par les grévistes, appartiennent aux grévistes eux-mêmes.
Mais
au juste que peuvent craindre les syndicats majoritaires pour refuser
d’impulser localement les initiatives unitaires indispensables
à la riposte ?
Auraient-ils
peur de ne plus pouvoir « contrôler » une dynamique
de lutte qui renforcerait le cadre unitaire et travaillerait sérieusement
à l’unité interprofessionnelle ?
Paradoxalement,
on nous DIT que l’unité ne se décrète
pas, qu’elle se construit. (sic ?)
Alors pourquoi FAIRE table rase des acquis unitaires de notre lutte
de 2003 ?
4)
D’autres alternatives sont possibles !
Face
à la casse sociale dont nous sommes toutes et tous victimes,
et la chronique pourtant bien annoncée de la mort de tous
nos droits, y compris syndicaux, il relève de la responsabilité
des organisations syndicales de se donner d’autres perspectives
d’actions que celles dictées par les stratégies
hégémoniques et intempestives d’isolement, d’exclusive.
Dans
d’autres départements, cela a été bien
compris, et les actions interprofessionnelles du mois de mars en
Auvergne, dans le 31, dans le 44, dans le 64, dans le 07 sont à
ce titre de véritables exemples. Consultez sur ce site la
rubrique "Documents", et lisez les textes d’appels
intersyndicaux unitaires de ces départements. Ils montrent
CE QUE L’ON PEUT FAIRE, quand les militantes et militants
ne se trompent pas d’adversaires, et mettent leurs organisations
syndicales au service d’un vrai cadre unitaire apte à
mobiliser l’ensemble des acteurs du mouvement social.
De la
même manière, dans de nombreuses villes, des initiatives
se sont développées à la base pour défendre
la Sécurité sociale et l’assurance maladie.
Des collectifs départementaux se sont constitués,
pour certains dès le mois de janvier, en préparation
aux « Etats Généraux de la Santé et de
l’assurance maladie » du 24 avril à Paris. Ils
se sont engagés dans un travail d’explication sur les
enjeux de fond et sur les alternatives possibles aux « solutions
» libérales.
Certes
le résultat des élections régionales aura eu
pour effet immédiat l’abandon du recours aux ordonnances.
Mais encore une fois chacun sait que Raffarin III appliquera ce
que Raffarin II avait prévu. La contre-réforme du
Gouvernement emprunte la même stratégie que celle adoptée
pour les retraites : avancer prudemment en cette période,
tout en maintenant un calendrier ministériel implacable jusqu’à
cet été où seront prises les véritables
décisions.
Bien
conscient de l’urgence d’une contre-attaque, un collectif
Défense de la Santé s’est récemment mis
en place dans notre département. SUD Education y participe
activement depuis le début.
Nous
pensons que ce collectif doit s’élargir au plus vite
à toutes les organisations syndicales, à toutes les
associations et à tous les citoyens du département
sincèrement soucieux d’AGIR.
Pour
que les grandes décisions ne restent pas que des mots, chacun
doit montrer sa bonne foi et sa détermination dans les actes
!
Seul
un nouveau rapport de force permettra de conserver et de développer
cette conquête sociale majeure de la Libération.
Agnès
Prédal et Françoise Torres
Retour
au sommaire des articles
|