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ÇA
DEVAIT BIEN ARRIVER...
Le MEDEF
pousse les feux. Pourquoi s’en priverait-il ? Il siège
ès qualités au sein même du gouvernement, est
hégémonique dans les médias et peut se féliciter
de trouver des oreilles complices dans les plus hautes sphères
de l’administration. Quand le rapport de forces lui paraît
favorable, il ne manque pas une occasion d’avancer ses pions.
Sur le terrain scolaire, par exemple, comme en témoigne la
charte signée le 28 novembre 2003 par le MEDEF de Poitou-Charentes
et l’Académie de Poitiers (1). MEDEF et Poitou, ça
nous évoque bien quelque chose d’ailleurs, Seillière
plus Raffarin : un attelage qui a déjà fait ses preuves…
Disons-le
crûment : ils n’y sont pas allés de main morte.
Ce qu’ils officialisent, c’est la naissance d’un
partenariat permanent entre les patrons et l’Education nationale.
Le projet est sans ambiguïté : préparer «
les modalités d’adaptation de la formation professionnelle
liées aux évolutions technologiques et économiques.
» Des esprits chagrins parleront peut-être d’instrumentalisation
de l’enseignement… En tout cas, le MEDEF se chargera
d’exposer les besoins des entreprises, de donner son avis
sur les modifications des « structures pédagogiques
» et, en toute objectivité, dispensera une information
sur l’orientation des jeunes. Les élèves et
leurs parents ainsi mis en condition, nos deux complices pourront
alors proposer des formations en alternance, inviter « des
professionnels qualifiés (à) participer aux enseignements
dans des secteurs spécifiques » et le MEDEF, toujours
dévoué, « apportera son concours technique aux
différentes actions d’évaluation et de validation,
notamment en vue de la délivrance de l’enseignement
technologique et professionnel. » Tout un programme, où
le « notamment » en dit long sur les intentions patronales.
Et ce
n’est pas tout. Généreux comme il sait l’être,
il n’hésitera pas à donner un coup de main (désintéressé)
pour la « formation et l’information des enseignants
(en particulier ceux des collèges ou de l’enseignement
technologique et professionnel) et à la « conduite
de projets innovants » avec les établissements. Pareil
plan mérite d’être conduit de main ferme. Douze
patrons à parité avec douze représentants de
l’Académie vont s’y employer pour « définir
les priorités », assurer « le suivi des projets
» et « impulser et piloter les orientations stratégiques.
» Pas moins. A cette fin, il sera assisté d’un
Comité technique, tout aussi paritaire (des « acteurs
de terrain » venus des entreprises et de l’Education)
qui sera chargé de mettre en musique les directives patronales.
Ce document
signe ainsi l’entrée officielle du MEDEF dans l’Education
et la mort programmée du service public. Choix des filières,
contrôle des contenus et des méthodes, mise sous tutelle
des enseignements, délivrance des diplômes… cette
expérience pilote préfigure ce que sera demain l’école
néolibérale. Elle étonnera seulement ceux qui
ont oublié les multiples avertissements généreusement
prodigués par le patronat dans ses publications. «
La formation initiale… (doit) s’ouvrir davantage sur
le monde de l’entreprise. Il importe de tisser des relations
plus étroites entre l’Ecole et l’entreprise pour
pouvoir partager une vision commune du monde du travail. »
(La compétence professionnelle, enjeu stratégique
– Cahiers du MEDEF-2002).
Article
extrait du bulletin n°11 de la commission ECOLE & MONDIALISATION
CAPITALISTE de SUD éducation.
(1) vous pouvez consulter
la charte sur ce site, dans la rubrique "Documents".
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