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THÉLOT,
BOULOT, BOBO !
Tout
le monde se souvient du Grand Débat sur l’Ecole organisé
l’hiver dernier par notre ministère. Proposé
après les grèves du printemps 2003, pendant lesquelles
le gouvernement s’est montré fermé aux discussions,
nous avons été nombreux à considérer
ce débat comme tronqué, à refuser d’y
participer, jugeant que les dés étaient pipés.
Après
la publication de la reproduction des débats dans « le
miroir » au mois de juin, suffisamment ouverts pour être
interprétable à volonté, voilà aujourd’hui
la version définitive du rapport Thélot.
Intitulé
« Vers la réussite des élèves »,
ce rapport servira de base à une nouvelle loi d’orientation
(printemps 2005) fixant de nouveaux objectifs « pour
améliorer le système éducatif ».
Les
recettes du rapport Thélot :
1) L’école
du rapport Thélot ne vise plus l’épanouissement
personnel. Ses objectifs se limitent à l’efficacité
professionnelle de l’individu, en confinant le futur salarié
dans un « minimum utile » pour la société.
Elle n’est plus le lieu de l’émancipation politique
de l’individu, du développement du libre-arbitre. Le
« socle commun de l’indispensable »
réunit l’anglais, les nouvelles technologies, à
côté du français et des maths.
Mais oui, au fait, ça sert à quoi les arts et les
langues anciennes dans l’entreprise – il n’est
fait aucune mention de l’histoire, la géographie, des
langues autres que l’anglais dans ce rapport – ?
On ne cherche plus à avoir des citoyens, il suffit d’avoir
des salariés. Le développement de la personne, de
la culture, de l’esprit critique n’est alors proposé
qu’à une élite, pour qui les fondamentaux sont
maîtrisés.
Pour
eux, les enseignements optionnels devront servir leur orientation.
Mais pour les autres, la scolarité obligatoire se réduira
à l’apprentissage des fondamentaux, et évidemment
d’un métier.
C’est
étonnant, cela me rappelle un jour d’avril ou mai 2003,
j’étais enseignante (en grève) à Montpellier,
où un député local (J. Doumergue,UMP) avait
reçu une délégation de nos représentants.
Il nous avait dit « il faut recentrer l’école
sur les apprentissages fondamentaux que sont l’anglais, l’informatique,
le français et les maths ». Ce devait être
un visionnaire, un avant-gardiste, pour connaître les conclusions
du rapport Thélot avant même que le débat ne
soit annoncé.
Dans
ces conditions, supprimons l’objectif des 80% d’une
classe d’âge au Bac – ce que prévoit le
rapport Thélot ! L’important n’est pas de
tirer les élèves vers le haut, il suffit qu’ils
quittent l’école avec un diplôme professionnel,
quel qu’il soit. Pourtant, renoncer à cet objectif,
ce n’est pas un moyen de lutte contre les inégalités,
mais seulement un moyen de s’y adapter, notamment quand la
concurrence entre les établissements est accrue à
travers des enseignements différents, le manque de moyens,
les mode de recrutement du personnel (avec davantage de liberté
donnée aux chefs d’établissement dans les zones
dites difficiles)
2) Toujours
pour aider les élèves, il est question de porter le
service des enseignants à 26/27 h hebdomadaires (gardons
à l’esprit que les profs sont des feignants), rattacher
collège à l’élémentaire par le
biais des cycles, ouvrir les professeurs de collège à
une polyvalence disciplinaire. Par contre, on ne fait pas mention
des milliers de postes d’enseignants, de surveillants, supprimé,
dans le secondaire notamment, ni des classes, de plus en plus nombreuses,
maternelles ou primaires, où les effectifs dépassent
les 30 élèves.
Certes
il y a de bien jolies idées dans ce rapport : « garantir
l’égalité des chances et des résultats,
[…] assurer les conditions de possibilité de l’acte
pédagogique et du vivre ensemble à l’école
en développant l’éducation à la civilité
et à la citoyenneté ».
Mais
les concepts de démocratisation et d’égalité
n’existent que par rapport à un projet de société
que l’on veut construire. A travers la « réussite de
tous », c’est la notion de réussite dans
la société économique et actuelle qui est en
jeu. Elle repose sur les politiques économiques menées,
en confinant les futurs salariés à un « minimum
utile » pour la société.
C’est
ainsi que l’école doit laisser, le plus tôt possible,
sa place au monde économique et passer le relais à
la formation tout au long de la vie. Elle est ainsi conçue
comme uniquement au service de l’économie et l’éducation
n’est plus pensée comme vecteur objectif dans la construction
de la société de demain.
Pauline
Gairin
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