
Retour
au sommaire des articles
ÉCOLE
A VENDRE
Notre
école vit au-dessus de ses moyens.
Les préoccupations
actuelles des enseignants l’attestent : financer les transports
à la piscine, trouver l’encadrement suffisant à
la pratique du ski alpin, dénicher un parent capable de diffuser
les dessins des élèves sur le web...
Comme si la logistique devenait une compétence pédagogique
indispensable aux enseignants modernes.
Cela
témoigne de la volonté de bien faire mais trahit aussi
un sentiment de culpabilité face à la pression des
parents d’élèves trop prompts à comparer
deux écoles sur les seuls critères de l’offre
sportive ou artistique. Ajoutons parfois la pression des élus,
soucieux que leur école ait bonne presse.
Récemment,
une nouvelle forme de pression est apparue dans certaines académies
ou certaines circonscriptions, chaque fois que les hiérarques-gestionnaires
avaient pour eux-mêmes des ambitions professionnelles.
Cette pression s’exerce de manière insidieuse et est
capable de discréditer les enseignants désireux que
l’école continue à transmettre des savoirs et
des savoir-faire (et dont parfois la rigidité est capable
de générer plus d’échec scolaire que
de réussite).
Une formule empruntée à Sacha Guitry, grand homme
de théâtre (!) la résume à merveille
: « savoir, savoir-faire, faire-savoir ».
Contrairement à ce qu’il pourrait sembler, il ne s’agit
pas d’un oxymore du roman 1984 d’Orwell, mais une phrase
énoncée dans une réunion professionnelle.
Après
l’hégémonie de la psychologie cognitiviste et
les dérives pédagogistes (qui font de la pédagogie
une « science de l’éducation »),
une nouvelle dérive a fait son apparition dans l’institution
scolaire ; elle a pour nom le « faire-savoir ».
Nier à ce point l’influence sur le très long
terme des apprentissages et des maîtres est inquiétant.
Evaluer une pratique dans l’instant est dangereux.
L’effervescence supplante l’activité. Le nombre
de spectateurs devient un outil d’évaluation. La rubrique
locale du journal, un support imposé pour que l’élève
laisse les traces de son apprentissage.
Aux antipodes
de la sanctuarisation de l’école souhaitée par
certains pour lui conserver sa fonction originelle, l’institution
scolaire, du Ministre à l’Inspecteur de base, montre
cette voie.
Qu’il est handicapant pour un système éducatif
de se lancer dans la compétition mondiale avec le statut
de favori !
La mise en place des langues étrangères et de l’informatique
sont les témoins les plus évidents des mystifications
indispensables à la conduite de politiques éducatives
axées sur le « faire-savoir »
Ces idées
sont-elles l’expression d’une mauvaise analyse faite
par des enseignants à la traîne de l’innovation
pédagogique ?
Observons quelques activités scolaires...
Est-il encore possible d’organiser une quelconque exposition
de dessins d’élèves sans que le Conseil Général
ne dépose son emblématique logo ?
Un concours de poésie, et deux établissements bancaires
sont mentionnés sur le programme.
Un diaporama sur l’arbre de la cour, et le Parc Naturel Régional
s’affiche.
Une course à pied, et les supermarchés du secteur
transforment les élèves en supports publicitaires
animés.
Au final,
un cocktail détonnant dans lequel l’élu local
soucieux de sa propre communication devient un mécène
philanthrope et les entreprises du secteur des partenaires indispensables
au mieux-disant pédagogique.
La social-démocratie avait transformé l’école
en faire-valoir, en outil électoral. Au point que les libéraux
préfèrent démanteler l’institution scolaire
car politiquement irrécupérable.
Or les dérives libérales que nous venons de décrire
sont visiblement très ancrées dans les mentalités
françaises. Y compris dans celles des enseignants.
Elles mettent en place les conditions favorables à une marchandisation
de l’école.
Avec
le désengagement de l’État dans le financement
des politiques éducatives et le transfert de charge électoralement
très favorable aux élus locaux, combien de temps l’école
pourra-t-elle continuer à fonctionner en vivant au-dessus
de ses moyens ?
Malgré leur hostilité affichée au libéralisme,
en cédant à ces pressions, les enseignants eux-mêmes
ne sont-ils pas en train de compromettre l’avenir de l’école
?
Michel
Clar
Retour
au sommaire des articles
|