
Retour
au sommaire des articles
Projets
ministériels et gouvernementaux, lois liberticides :
Base-élèves, base-écoles, des outils administratifs
au service
de l'idéologie dominante
En février
dernier, Sud Education 66 a participé à une réunion
dite de « Concertation Base-élèves »
organisée par l’inspection académique des P.O.
L’I.A. s’est en effet portée volontaire pour
expérimenter un nouveau système informatique mis en
place par le Ministère de l’Education nationale. L’expérimentation
concerne vingt autres départements « pilotes ».
Une formation a été imposée (ordres de mission)
à de nombreux directeurs d’écoles du département
les 16 et 23 mars. En juin, il est prévu un bilan de l’expérimentation,
à priori forcément positif puisque le « calendrier
national de mise en œuvre » prévoit qu’en
2005/2006 toutes les écoles du département devraient
être dotées du logiciel. Toujours d’après
ce même calendrier, la globalisation du système est
prévue pour 2006/2007. Ainsi d’ici deux ou trois ans,
un fichier informatique national des élèves du premier
degré devrait être opérationnel.
A la
même date se tenait une réunion de « Comité
de pilotage –système d’information premier degré »
au ministère de l’E.N..(cf . Compte-rendu de cette
réunion par l’ANDEV- association de directeurs présents-
sur le site http://www.andev.com.fr)
Apparemment donc, les réunions sur ce projet étaient
généralisées en France… Dans le compte-rendu
de cette réunion, on apprend que « l’architecture
globale du système d’information premier degré »
est en trois pôles : 1 ) Base-élèves 2)
Base-écoles 3) Base personnel (à venir). Ce projet
ministériel est manifestement très ambitieux :
il demande des outils technologiques, des financements et de l’investissement,
puisqu’il nécessite pour toutes les écoles un
accès internet haut débit, une clé USB, donc
des ordinateurs récents. QUI VA PAYER ? Le ministère
de l’E.N. financera les raccordements ADSL aux communes non
encore raccordées ; localement l’I.A. trouve les
relais financiers auprès de l’Association des maires,
qui s’engage à apporter son soutien pour la formation
du personnel communal et des agents territoriaux concernés
par le projet.
Ambitieux
ce projet l’est aussi puisque la seule mise en place de Base-élèves
ne semblait pas suffisante : toujours d’après
le CR de l’ANDEV, Base-école et (ultérieurement ?)
Base-personnel participeraient de la construction d’un système
d’informations premier degré pour mettre en œuvre
la Loi Organique relative aux lois de Finances (L.O.L.F.), autrement
dit pour répondre aux objectifs affichés par la L.O.L.F.
du passage d’une « Culture de moyens à une
culture des résultats » (source : http://www.minefi.gouv.fr/lolf)
Objectifs,
Résultats, Evaluations/notations, mise au point « d’Indicateurs
de performance » pour chaque établissements (ou
écoles en E.PE.P !), de grilles de salaires au mérite
pour les enseignants, c’est bien le management appliqué
au service public de l’Education nationale que visent les
projets ministériels de Base-élèves, Base-écoles
et (éventuellement) Base-personnel.
A noter
d’ailleurs pour Base écoles : le découpage
de l’enseignement en cycles et non pas en deux écoles,
qui entérine une fois pour toute la disparition des petites
et moyennes sections de maternelle et officialise DE FACTO la mise
en fonctionnement des E.P.E.P. (en 2003, nous dénoncions
les « réseaux d’écoles » !)
Pour
en revenir à Base-élèves, les essais réalisés
lors des journées de formation des directeurs d’écoles
nous donnent une idée plus précise des données
qui seront saisies informatiquement pour chaque enfant de nos écoles.
Soulignons au passage que ces « exercices pratiques »
de manipulation du logiciel ont été réalisés
à partir de données nominatives réelles, d’enfants
actuellement scolarisés dans les écoles « pilotes »
du département, et ce sans aucune information et sans demande
préalable d’autorisation auprès des parents
concernés ! Le dossier informatique d’un élève
est conçu en plusieurs volets. Les volets « Etat
Civil » de l’enfant et des parents (ou responsable
légal) seront partagés avec les services communaux
(mairie/inscription). Y sont consignés les identités,
les adresses, les numéros de téléphone domicile /
portables / travail, professions des parents mais aussi les
« origines géographiques de l’enfant »
(pays d’origine, date d’arrivée en France).
Un volet
« Cursus scolaire » donne état 1) des
éléments de scolarité actuelle de l’élève :
cycle, niveau, classe, nom de l’enseignant, proposition à
l’issue du cycle, absentéisme signalé, mais
aussi langue vivante, nom de l’intervenant, langue et culture
d’origine 2) des informations périscolaires (cantines,
études, garderies….) 3) de la scolarité précédente
(écoles antérieurement fréquentées,
départements…).
Enfin,
un volet « Besoins Educatifs » consigne toutes
les données personnalisées de l’enfant, qui
jusqu’ici restaient confidentielles : suivis R.A.S.E.D.,
projet d’accueil individualisé, intégration
en CLIS, Auxiliaires de vie scolaire, CCPE, SAPAD, hôpitaux
de jour etc…
Chaque
directeur n’aura accès qu’aux données
personnalisées des élèves de sa commune (secteur
scolaire). L’I.E.N. aura accès aux données personnalisées
des élèves de sa circonscription. L’I.A. aura
accès aux données personnalisées et confidentielles
de tous les élèves du département, ce qu’il
traduit en disant « Je suis la plus grande source d’information
sur l’Immigration » ! ( propos rapportés
à l’I.A. lors de la réunion de février).
La sécurisation se fait à chacun des niveaux par clé
U.S.B. Au-delà de ces acteurs locaux (directeur, mairie,
I.E.N, I.A.) Rectorat et Ministère n’ont accès
qu’à des données anonymées : chaque
élève étant doté d’un matricule
« Identifiant National Elève », dans
le but d’ « une gestion administrative de
statistiques académiques et nationales » ( sources :
plaquette Ministère E.N. cf. site www.sudeducation66.org
documents « base-élèves ») :
Evaluations ? Statistiques sur les enfants en difficultés
scolaires ? Sur l’immigration ?
« Bénéficier
d’un outil de gestion et de pilotage », nous dit
le ministère de l’E.N. (ref.idem)
70%
des directeurs utilisent déjà l’informatique :
logiciels privés ou conçus par les directeurs eux-mêmes ;
mais les données restent INTERNES à l’école.
Pourquoi le fichage des enfants de nos écoles devient-il
national ? Toutes les données seront centralisées
à Orléans : quelles administrations y auront
concrètement accès ?
« Le
suivi des élèves sera plus efficace, notamment grâce
à un historique de la scolarité de l’enfant
intégrant certaines informations comme le suivi Rased, les
PAI ou le signalement de l’absentéisme »,
nous dit encore le ministère. (ref. idem)
C’est
bien cet « historique de la scolarité »
qui doit nous interpeller, nous alerter.
« L’avant-projet
de loi sur la délinquance de Sarkozy projetait de considérer
comme potentiellement délinquante toute « personne
présentant des difficultés sociales, éducatives
ou matérielles ». En conséquence, il fallait
la signaler à la police via le maire intronisé pilote
de la prévention, et cette injonction s’étendait
à tout professionnel de l’action sociale, au mépris
du droit des usagers en matière de secret professionnel.
La jeunesse, notamment celle issue de l’immigration, se trouvait
également montrée du doigt, et tout élève
absent de l’école devenait un délinquant potentiel,
lui aussi à signaler au maire ou au procureur. Une approche,
répressive et stigmatisante tendait à se substituer
à une approche éducative ou sociale des difficultés
de la population » (« Mobilisation contre
des méthodes et un projet inacceptable » Collectif
National Unitaire : http://www.abri.org/antidelation)
Depuis
juin 2004, VILLEPIN annonce un projet de loi : malgré
le changement de ministre le projet reste dans l’esprit. « Le
gouvernement, relayé par des administrations et certaines
collectivités locales, met en place, tous les jours, sous
prétexte d’expérimentations, des dispositifs
qui constituent tous des atteintes aux libertés publiques
et des remises en cause des fondements du travail social, éducatif
(fichage nominatif des populations, organisation de la délation…)
La lutte
contre l’échec scolaire n’existe plus quand « tout
est vu à travers le prisme de la délinquance potentielle….après
avoir supprimé les surveillants et réduit les effectifs
d’aides-éducateurs, le protocole « Police/Education
nationale » a instauré, pour chaque établissement,
un « correspondant-police » » (sources :
C.N.U)
Et puis
il y a le fameux « rapport BENISTI » :
ce rapport, remis à VILLEPIN dans le cadre du travail ministériel
autour de ce projet de prévention, confirme toutes nos craintes !
« La politique de prévention doit remplir un objectif
d’efficacité qui passe par le renforcement des échanges
d’informations entre les différents acteurs qui entourent
les jeunes : les parents, le corps enseignant, les éducateurs,
les élus locaux, la police…» (cf.rapport BENISTI)
Ce rapport
fait de manière insidieuse un amalgame entre « délinquance »
et « famille issues de l’immigration ».
Un enfant peut commencer à avoir des « comportements
déviants » quasiment dès la naissance.
Un déterminisme notamment social écarte inexorablement
du « droit chemin » et entraîne par
« un parcours déviant » vers la délinquance.
La mère non-francophone d’un enfant de 2 ans se trouve
désignée comme facteur de risque : « Elle
devra s’obliger à parler le Français dans le
foyer pour habituer les enfants à n’avoir que cette
langue pour s’exprimer…» (ref ; idem)
Si la
famille continue à « parler le patois du pays
d’origine » « l’enseignant devra
alors en parler aux parents pour qu’au domicile, la seule
langue parlée soit le français ; si cela persiste,
l’institutrice devra alors passer le relais à un orthophoniste
pour que l’enfant récupère immédiatement
les moyens d’expression et de langage indispensables à
son évolution scolaire et sociale …. Si le comportement
de l’enfant est indiscipliné et crée des troubles
dans la classe, l’enseignant pourra alors passer le relais
à une structure médico-sociale ( ???) …ces
suivis sociaux réguliers devront aussi permettre à
l’enfant d’être élevé dans une atmosphère
saine » (sic ! ref. Rapport BENISTI)
Le maire
doit, bien sûr, être au courant de tout cela, et « il
faut [donc] redéfinir la notion de secret professionnel et
créer une culture du secret partagé » (ref.
idem) …avec la police ?
Evidemment
la déviance, si elle persiste, mène tout droit à
l’internat ou centre fermé…
(cf. « Courbe évolutive d’un jeune qui au
fur et à mesure des années s’écarte du
« droit chemin » pour s’enfoncer dans
la délinquance » doc.annexé)
On ne
peut rester indifférent à l’idéologie
sous-jacente qui motive ces propositions.
Que deviennent
les missions d’Intégrations éducatives et sociales
de l’Ecole ?
Pour
la FCPE « Ces considérations font froid dans le
dos. ..Pourtant, tout cela est cohérent avec les actions
engagées par le gouvernement. On retrouve un état
d’esprit proche dans les projets de « contrats
individuels de réussite éducative » de
F.FILLON et « d’équipes de réussite
éducative » de J.L.BORLOO –loi de cohésion
sociale-. Dans tous les cas, les enfants « difficiles »
sont écartés du système scolaire traditionnel
et la responsabilité porte uniquement sur les familles »
(sources : communiqué FCPE : http://www.fcpe.asso.fr/article.aspx?id=414)
Ni les
parents, ni les personnels de l’Education nationale ne peuvent
cautionner ces projets gouvernementaux qui pré-supposent
une société basée sur l’exclusion et
la criminalisation de la misère : Base-élèves
et Base-écoles sont pourtant des « outils de gestion
administrative » qui contribueront, si nous ne les dénonçons
pas et si nous ne les combattons pas, à promouvoir un tel
modèle de société.
Françoise
Barrere-Torres
Retour
au sommaire des articles
|