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RAPPORT
CAMDESSUS :
NOUVEL
EMBALLAGE POUR RECETTES ÉCULÉS
Michel
Camdessus qui fut directeur général du Fonds monétaire
international (FMI) de 1987 à 2000 vient de remettre à
Nicolas Sarkozy son rapport "Vers une nouvelle croissance pour
la France". On aurait pu croire que son passage à la
tête du FMI aurait rendu Michel Camdessus prudent et modeste.
Défenseur acharné du consensus de Washington qui prônait
privatisations, déréglementation et ouverture des
marchés pour les pays du Sud, son action à la tête
du FMI a eu des résultats catastrophiques. Après avoir
affamé la moitié de la planète, il s’attaque
maintenant à son pays d’origine.
Le rapport
reprend le refrain du déclin de la France, déjà
utilisé par d’autres, en affirmant que celle-ci connaît
un processus de décrochage. Pourtant, deux rapport récents,
l’un de l’OCDE, l’autre de la Banque de France,
concluent que la France est l’un des pays les plus attractifs
de la planète. La France est par ailleurs le 4ème
pays exportateur de la planète. Cette vision catastrophiste
n’a qu’une fonction, celle de permettre la justification
de mesures de régression sociale à l’encontre
des salariés.
L’écart
de croissance entre la France d’une part, et la Grande-Bretagne
et les Etats-Unis d’autre part, est expliqué par la
différence d’évolution des heures travaillées.
Le rapport "oublie" que la politique macro-économique
menée par ces deux pays est un démenti cinglant aux
dogmes libéraux puisqu’elle combine augmentation des
dépenses publiques et politique monétaire, actions
rejetées par Michel Camdessus. Il semble ignorer de plus
que la productivité du travail par tête est beaucoup
plus forte en France que dans ces deux pays. Ainsi, le PIB par heure
travaillée en Grande-Bretagne est 25 % plus faible qu’en
France.
Enfin,
la période de référence retenue, 1994-2003,
combine deux phases de faible croissance, 1994-1997 et 2001-2003,
et une phase de croissance forte, 1997-2001, où avait été
mise en oeuvre une politique de réduction du temps de travail
et de relance de la consommation, certes insuffisante, mais qui
avait permis une baisse non négligeable du chômage.
Contrairement donc à ce qu’affirme le rapport, la "stratégie
de partage du travail" s’est révélée
être une stratégie gagnante contre le chômage,
même si l’application des 35H s’est souvent faite
au détriment des conditions de travail.
Les
propositions du rapport ne brillent pas par leur originalité
et ne font qu’actualiser les vieilles recettes libérales.
Il propose par exemple de corriger le sous-emploi des seniors et
des jeunes. Au-delà même du fait que le rapport fait
l’impasse sur la détérioration des conditions
de travail qui justifierait à elle seule de ne pas augmenter
la présence au travail des salariés âgés,
cette proposition est parfaitement contradictoire. Comment ne pas
voir en effet que développer les emplois pour les seniors,
dans une situation de chômage massif, ne peut qu’avoir
des conséquences désastreuses pour l’emploi
des jeunes ?
Le rapport
propose la suppression du CDD et du CDI pour les remplacer par un
contrat de travail unique dans lequel les droits des salariés
se renforceraient avec l’ancienneté dans l’entreprise.
Alors que la grande masse des salariés est toujours en CDI,
cette proposition vise en fait à généraliser
la précarité du travail. Le rapport recommande, de
plus, de mettre en oeuvre les dispositions du rapport Virville qui
visent à démanteler le code du travail. Dans le même
état d’esprit, le rapport préconise la liberté
d’ouverture des magasins le dimanche et reprend intégralement
l’argumentation des grandes surfaces sur l’installation
et la fixation des prix.
Le rapport
propose la suppression des "coups de pouce" au SMIC. Au-delà
de l’injustice manifeste d’une telle proposition, un
telle mesure est un non-sens économique. Elle aura pour conséquence
de faire baisser la consommation des ménages, donc de fragiliser
la croissance que le rapport affirme pourtant vouloir encourager.
Dans
la même veine, l’ancien directeur général
du FMI y va de ses propositions pour "éviter les distorsions
de concurrence sur la fiscalité de l’épargne".
Il ne préconise aucunement des efforts d’harmonisation
mais s’inscrit totalement dans une logique de concurrence
fiscale entre Etats. Il estime ainsi qu’il faut mettre en
place de nouveaux "encouragements fiscaux amplement compétitifs
par rapport à ceux qui prévalent au-delà de
nos frontières". Pour Michel Camdessus, une bonne fiscalité
du capital est une fiscalité qui tend vers zéro.
Sans
surprise, le rapport reprend la litanie libérale sur la réforme
de l’Etat, se distinguant simplement par quelques mesures
gadgets comme "la rationalisation de la carte de nos représentations
diplomatiques à l’étranger". Plus grave
le rapport préconise une baisse drastique du nombre de fonctionnaires
et propose ni plus ni moins qu’un démantèlement
de l’Etat en voulant confier les "activités d’exécution
à des agences de droit privé".
Enfin
les questions écologiques sont totalement absentes de ce
rapport dont la logique profonde et la thématique explicite,
"la croissance", restent totalement productiviste. Cette
absence, dans un rapport voulant indiquer des pistes pour l’avenir,
illustre la myopie de la pensée libérale face aux
problèmes que l’humanité se doit de résoudre.
Communiqué
de l’Union syndicale Solidaires
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