
Retour
au sommaire des articles
ÉCOLE
MATERNELLE : CYCLE ZÉRO ?
L´école
maternelle française est une exception en Europe et dans
le monde. Les directives de l´OCDE vont dans le sens d´une
réduction des services publics au strict minimum, il
n´est pas étonnant que notre maternelle soit la première
attaquée :
12 octobre 2004 : rapport Thélot. Quelques phrases encensent
la maternelle pour mieux sonner le glas. N´est répertoriée
que la Grande Section parmi les cycles de scolarité obligatoire
:
Cycle 1 : cycle d´apprentissages de base (GS / CP / CE1)
Cycle 2 : cycle d´approfondissement (CE2 / CM1 / CM2 / 6ème)
Cycle 3 : cycle de diversification (5ème / 4ème /
3ème)
Les Petite et Moyenne sections ne rentrent plus dans le socle commun
qui fait la force de l´école maternelle française.
Le cycle des apprentissages premiers deviendra-t-il le cycle zéro
?
Le rapport Thélot n´est qu´un rapport. Mais,
le texte paru le 30 septembre 2004 dans le BOEN spécial
n° 10 concernant le droit à l´éducation
est une réalité : Il n´évoque plus
explicitement le droit d´être accueilli à trois
ans dans une école maternelle comme auparavant (BO n°7
spécial, 13 juillet 2000). Par contre, il envisage clairement
l´éventualité d´absence d´école
ou de classe maternelle, permettant ainsi aux mairies d´organiser
à leur façon l´accueil des enfants avant 5 ans :
de façon scolaire ou non.
Ce texte mis en parallèle avec les démarches qui permettraient
aux structures d´accueil de la petite enfance de prendre en
charge les enfants jusqu´à cinq ans (dans les crèches
par exemple) nous fait craindre la disparition progressive de l´école
maternelle.
La scolarisation des enfants avant cinq ans reste-t-elle une priorité
politique en France ?
D´ores et déjà des pratiques sont imposées
dans certains départements : Par exemple, l´accueil
des tout-petits par une enseignante se fait exclusivement le matin
; l´après-midi ils sont pris en charge soit par du
personnel municipal au sein de l´école, soit rendus
aux parents. Pendant ce temps, les enseignants de petite section
sont réquisitionnés pour assurer la mise en place
des CP dédoublés prônés par Luc Ferry,
assurer des décharges ou effectuer des remplacements. C´est
une façon détournée de modifier le paysage
scolaire par un chantage local à la fermeture de classes
qui isole l´enseignant et ne permet pas une réponse
solidaire collective.
L´obligation scolaire à cinq ans est un effet d´annonce
dans la mesure où actuellement la quasi-totalité des
enfants va à l´école à cet âge
là. Pourquoi mettre en exergue la grande section ?
Depuis quelques années, l´instauration d´évaluations
en Grande Section, proposées comme outils de travail au départ,
mais devenues systématiques voire obligatoires, fait entrer
l´enseignement en maternelle dans une démarche de plus
en plus normative. Nous savons que l´enfant a besoin de temps,
de sécurité pour apprendre, mais aussi qu´entre
deux et six ans, le développement spectaculaire est très
différent d´un enfant à l´autre. Nous
pensons que cette pression (exercée sur les enfants, les
enseignants et les parents) ne favorise pas la confiance nécessaire
à l´enfant pour entrer dans les apprentissages.
Nous craignons que l´entrée de la grande section dans
le cycle des apprentissages de base corresponde à une volonté
systématique d´apprentissage précoce de la lecture
et à la disparition de tout ce qui fait la spécificité
de la maternelle : que deviennent l´expression corporelle
et artistique, l´ouverture sur le monde, l´accès
gratuit pour tous à une culture populaire commune ?
Nous, enseignantes et enseignants Freinet, réaffirmons la
nécessité de placer l´enfant au centre des apprentissages
de la maternelle à l´université ! Or les
apprentissages d´un petit sont du même ordre que pour
celui qui fréquente l´école élémentaire,
le collège ou le lycée : il a besoin d´enseignants
compétents au sein d´une école spécifique
telle que Pauline Kergomard l´a construite !
Nous réaffirmons notre attachement à l´école
maternelle française, gratuite, laïque et ouverte à
tous dès l´âge de deux ans dans des conditions
de respect du rythme, des besoins et du développement de
l´enfant jusqu´à six ans. Nous tenons à
une existence autonome d´une école maternelle de qualité
ouverte à tous, au sein d´un système éducatif
cohérent.
Aujourd´hui la maternelle... et demain ?
ICEM -
Pédagogie Freinet
Retour
au sommaire des articles
|