
Retour
au sommaire des articles
LE
CONTRÔLE CONTINU AU BACCALAURÉAT : LA FIN DE L'ÉQUITÉ
On
a, à juste titre, beaucoup discuté et critiqué
les propositions du rapport Thélot. Mais notre ministre n’entend
pas l’appliquer en totalité, et envisage même
de “pimenter” la future loi d’orientation de l’Education
nationale de quelques idées de son cru. Les rédacteurs
du fameux rapport ont en effet “oublié” ou négligé
certaines pistes permettant d’augmenter les inégalités
entre les établissements (et donc les élèves)
socialement favorisés et les plus démunis. Parmi les
“innovations” que François Fillon entend introduire,
un vieux serpent de mer : l’instauration d’une
part de contrôle continu au bac. Rappelons pourquoi une telle
mesure serait scandaleuse.
Un
bac à deux vitesses (et plus…)
La principale
injustice du contrôle continu au bac provient d’une
autre injustice : les différences, parfois vertigineuses
bien que sans existence officielle, de “prestige” des
établissements, qu’ils soient publics(1)
ou privés. Dans sa forme actuelle, le baccalauréat
annule en quelque sorte ces différences : l’anonymat
et le fait que tous les candidats passent les mêmes épreuves
garantissent qu’à notes égales, deux bacheliers
d’une même série sont “scolairement égaux”,
même si le premier vient de Louis-le-Grand à Paris
et le second d’un lycée de ZEP. Le contrôle continu,
même partiel, rend par principe impossible cette égalité :
même avec des notes supérieures, le second bachelier
sera toujours victimes de la moindre exigence, réelle ou
supposée, de ses professeurs s’il est comparé
au premier.
Certains,
tout en acceptant ce raisonnement, répondront qu’on
ne ferait là qu’entériner un état de
fait, celui des inégalités sociales, montrant seulement
par là le peu d’ambition qu’ils assignent à
l’école.
Le
non-anonymat des élèves
Le principe
de l’anonymat des candidats à un examen écrit
(et a fortiori un concours) garantit la neutralité de la
correction, avec un double avantage : il s’agit autant
d’empêcher l’éventuelle partialité
(dans un sens ou dans l’autre) des enseignants que de protéger
ces derniers des soupçons de partialité, double avantage
qui disparaîtrait avec le contrôle continu.
Les
pressions sur les enseignants
Parallèlement,
le contrôle continu au bac aurait pour inévitable conséquence
l’augmentation de la pression des parents sur les enseignants,
cette pression étant déjà en augmentation constante,
allant parfois jusqu’à la violence verbale, voire physique.
Mais il s’agirait aussi de la “pression” beaucoup
plus douce, qui pourrait même ne pas être explicite,
d’un collègue dont un enseignant aurait l’enfant
en classe. Il s’agirait enfin de la pression, là aussi
sous des formes et des degrés divers, des chefs d’établissement
attachés au sacro-saint taux de réussite de leurs
élèves. On ne peut en outre pas exclure que des enseignants
peu scrupuleux trouvent dans le contrôle continu un moyen
de passer à peu de frais pour de bons profs, nous rappelant,
s’il était besoin, qu’on ne peut pas être
à la fois juge et partie.
S’il
ne s’agit évidemment pas de faire du bac actuel un
modèle d’équité, ne serait-ce que parce
qu’il est le terme d’un système scolaire qui,
malgré les efforts des enseignants, ne fait que reproduire
les inégalités sociales (toutes les études
sociologiques sont sur ce points d’une tragique limpidité),
il est de notre devoir de nous opposer à l’introduction
du contrôle continu au baccalauréat, qui accroîtrait
encore ces inégalités.
Marc Anglaret
(1)
On connaît le fallacieux argument défendant l’existence
scandaleuse des lycées publics “d’élite” :
« C’est ça ou les bons élèves
vont dans le privé ». Ceux qui présentent
cette triste alternative comme indépassable montrent seulement
qu’ils n’entendent pas donner à l’enseignement
public les moyens qu’il mérite ou, ce qui revient au
bout du compte au même, que la capacité du privé
à sélectionner ses clients par l’argent (grâce
aux subventions publiques d’ailleurs) ne les choque pas.
Retour
au sommaire des articles
|