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Retour au sommaire des articles RETOUR VERS LE FUTUR La crise des banlieues a été l’occasion pour le ministre de l’éducation, tout en persévérant dans la volonté de ses prédécesseurs de démanteler le système public d’éducation, de faire toute une série de propositions qui ne sont rien d’autres qu’autant de pas en arrière. Est-ce simplement parce que l’air du temps serait à la réaction ou bien ne s’agit-il pas plutôt d’un tout autre projet ? Déjà
le 8 septembre dans l’émission « Face aux chrétiens »
sur Radio Notre-Dame, il inventait le cercle carré, autrement dit
une école privée et confessionnelle qui appartiendrait à
école de la République. Il préconisait l’égalité
des moyens entre le public et le privé, c’est-à-dire
la baisse des moyens. Qu’on
pense au retour de la bivalence. Certains des prétextes ne peuvent
guère tromper. Diminuer le nombre de professeurs devant les élèves,
n’est-ce pas justement tout le sens de la politique de recrutement
ou plutôt de non recrutement ? Bref, l’intérêt
des élèves est toujours invoqué lorsqu’il s’agit
de faire des économies de personnel. L’ordonnance
n° 59-45 du 6 janvier 1959 portant prolongation de la scolarité
obligatoire à 16 ans modifiait la loi du 28 mars 1882 qui instaura
la scolarité obligatoire de six à treize ans, elle-même
prolongée jusqu’à quatorze ans par l’article
16 de la loi du 9 août 1936. Elle stipule que cette obligation concerne
les enfants des deux sexes, français et étrangers. Depuis
la loi Haby du 11 juillet 1975 créant le “collège
unique” et la mise en place ultérieure dans les Lycées
professionnels des classes qui deviendront les quatrièmes et les
troisièmes technologiques, le palier d’orientation vers l’enseignement
professionnel a été repoussé de la cinquième
vers la troisième. L’évolution du système éducatif
français, au moins dans ses intentions affichées, était
celle d’une ambition éducative pour tous, d’une élévation
du niveau. Il ne s’agit
nullement, comme d’aucuns pourraient le croire ou font cyniquement
semblant de le croire, de permettre à des jeunes qui ne seraient
pas “adaptés” à l’enseignement général
de trouver une voix de promotion. Comment, à la deuxième
ou troisième génération de chômage, de carences
éducatives et affectives, être adapté à la
discipline scolaire et goûter aux délices de la langue de
Cicéron ? Combien d’enfants d’énarques
en difficulté iraient en apprentissage à partir de quatorze
ans ? L’année
préparatoire à l’apprentissage devrait conduire à
signer un éventuel contrat d’apprentissage. Or, rien n’est
moins assuré. D’abord parce que rien ne permet de prédire
que les entreprises joueront le jeu. Ensuite parce que rien ne garantit
que le jeune sera jugé apte à continuer dans cette voix.
Bref, si on pense que cette mesure appartient à un ensemble baptisé
« égalité des chances », on reste
confondu par tant d’impudence. Patrice Bégnana |