Autriche, Allemagne, Italie... La contestation universitaire en Europe est-elle en train de repartir ?

lundi 14 décembre 2009
par  Sud éducation 66

Par Sud éducation 66

Le mouvement étudiant autrichien, très actif depuis début novembre, s’étend à l’Allemagne : universités d’Heidelberg, Potsdam et Munster occupées.

Le 05 novembre, dans toutes les universités d’Autriche, les responsables des jardins d’enfants, professeurs, écoliers, syndicats et beaucoup d’autres groupes se solidarisent avec les étudiants sous le slogan : « Formation libre pour tous du jardin d’enfants à l’université ». Le temps fort de la journée d’actions à Vienne représente la marche des étoiles vers la bibliothèque principale, où la fin de la manifestation a lieu en commun.

La protestation s’est étendue à toute l’Autriche pendant deux semaines. La politique autrichienne est de plus en plus sous pression ! Les occupations d’universités dominent les gros titres autrichiens.

Les étudiants allemands en croisade contre le chamboulement des cursus.

Plus de 85 000 étudiants ont manifesté mardi 17 novembre 2009 dans toute l’Allemagne contre les chamboulements du système universitaire et technique liés à l’harmonisation européenne des cursus et pour réclamer de meilleures conditions d’études, selon les organisateurs.

« Éducation gratuite pour tous ! », « De l’argent pour l’éducation, pas pour les banques », « Pour des têtes bien faites et non bien pleines », lisait-on sur les banderoles à Berlin, où 15 000 jeunes ont défilé.

Amphithéâtres occupés, sit-in et sacs de couchage... la grogne touche des dizaines d’établissements. Et des actions ont eu lieu dans une soixantaine de villes, avec des cortèges notamment à Munich (10 000 personnes), Wiesbaden (10 000), Cologne (5 000), Fribourg (6 000) ou encore Iéna (1 600).

Les étudiants dénoncent une mise en place brutale du processus de Bologne qui harmonise les cursus au niveau européen sur le modèle licence-master-doctorat (LMD). Les étudiants dénoncent aussi le montant des frais de scolarité et le nombre insuffisant de professeurs.

Fréquenter les bancs de la faculté jusqu’à 28-29 ans a longtemps été la norme en Allemagne, où l’on pouvait concocter son cursus au rythme souhaité, avec des suspensions possibles pour maternité, expérience à l’étranger...

La réforme LMD, conçue aussi pour mieux répondre aux besoins du marché du travail, a bouleversé la donne en réduisant la durée des études et en alourdissant les emplois du temps. Désormais, les trois quarts des filières supérieures allemandes répondent au découpage LMD. Et mieux vaut boucler la licence en trois ans pour augmenter ses chances d’intégrer ensuite un master, où les places sont chères.

En Italie, la ministre Gelmini du gouvernement Berlusconi, après avoir dû rebrousser chemin l’an dernier face à une forte opposition étudiante, remet le couvert. La réponse étudiante ne s’est pas faite attendre. Mercredi 03 novembre, à Rome, des étudiants et des précaires ont réussi à occuper momentanément le ministère de l’Instruction Publique d’où ils ont pu tenir une conférence de presse pour dénoncer ce nouveau projet de réforme. A Venise, au même moment, des étudiants et des précaires interrompaient la cérémonie de la prise de fonction du nouveau recteur de l’université de Ca’ Foscari. A Padoue et Palerme sont prévues des actions de résistance.

La réforme berlusconienne, si elle passait, signerait la mort définitive de l’université publique. En voici les principaux points :

  • Restructuration de la gouvernance : un conseil d’administration à la place du Sénat Académique, pour gérer chaque université où 40% des membres seraient issus d’entreprises, de banques et d’élus politiques. Un Directeur Général remplacerait l’actuel directeur administratif pour devenir un véritable manager de l’entreprise université.
  • Compétition entre les universités : une agence nationale évaluerait les différentes facultés, instituts et laboratoires de recherche et assignerait les fonds publics en fonction de leur classement.
  • Méritocratie : institution d’un « Fonds pour le mérite », géré par le ministère de l’économie et des finances, à destination des étudiants passant un test payant élaboré par une société de gestion des fonds publics de « garantie et solidarité ». Endettement individuel : seule réponse à la précarité des étudiants, la création d’un « prêt d’honneur ».
  • Recrutement des chercheurs : la figure du « chercheur à vie » remplacée par celle du « chercheur à contrat ».

Force est de constater que cette réforme puise sa source dans le néo-libéral processus de Bologne comme le démontrent nombre de similitudes entre les projets de réforme universitaire mis en oeuvre aujourd’hui dans la (quasi) totalité des pays européens.

Compilation et mise en forme de dépêches AFP et d’extraits d’articles du site « Bella Ciao »