Devons-nous syndiquer les salariés de l’enseignement privé à SUD Education ?

jeudi 1er janvier 2004
par  Sud éducation 66

Avant d’aborder cette délicate question en elle-même, nous nous permettons de faire deux constats. Primo, le désormais fameux article 5 des statuts actuels de la Fédération SUD Education autorise, « à titre expérimental », de syndiquer les personnels de l’enseignement privé. Il ne s’agit pas là d’un argument d’autorité (cet article pouvant, comme tout autre, être modifié), mais d’une indication claire sur ce que SUD Education a été dans l’esprit de ses fondateurs. Secundo, Le nom même de notre syndicat, par sa généralité, ne contient nulle restriction à l’encontre de l’enseignement privé. Ce n’est pas là une remarque triviale : cela signifie au contraire que nous considérons l’éducation (qui, de fait, inclut l’enseignement privé) comme un ensemble ayant une certaine unité, et que c’est avant tout à l’intérieur de cette unité que nous menons notre action syndicale, même si cela n’exclut pas que nous nous engagions dans d’autres luttes (celle des sans-papiers par exemple).

Ces deux constats ne doivent toutefois pas nous dispenser d’une réflexion de fond. Malgré nos divisions sur cette question, nous pouvons probablement tous admettre qu’une condition nécessaire, mais peut-être pas suffisante, pour que les salariés de l’enseignement privé puissent être syndiqués à SUD Education, est leur adhésion aux valeurs que nous défendons. Or parmi ces valeurs, il en est deux qui semblent, sinon s’opposer à cette syndicalisation, du moins la rendre paradoxale ou problématique : la gratuité de l’enseignement et la laïcité, deux « piliers » de l’école républicaine [1].

La question devient donc : ceux qui travaillent pour l’école privée peuvent-ils adhérer aux valeurs de l’école publique, notamment celles qui ne sont pas reconnues ou appliquées dans l’école privée ? La réponse est évidemment positive, ne serait-ce que du fait qu’un nombre important de salariés de l’enseignement privé, notamment d’enseignants, ne sont pas dans le privé par choix mais par nécessité (échec au concours, crainte d’un éloignement géographique de leur famille, .), de même que, du reste, de nombreux vacataires et contractuels du public. Il faut donc bien distinguer les valeurs de l’école privée des personnels qui y travaillent : si ces derniers partagent nos convictions, leur appartenance au privé ne doit pas suffire à refuser leur adhésion à SUD Education. Et par là est réfuté l’argument consistant à dire que nous ne saurions accueillir ceux qui pourraient avoir des revendications opposées aux nôtres, c’est-à-dire par exemple l’augmentation des subventions d’Etat en faveur de l’enseignement privé. Car même si SUD Education revendique le contraire, voire la disparition pure et simple de l’enseignement privé (point que nous n’aborderons pas ici), ces revendications, dans la mesure où leur satisfaction impliquerait une augmentation du recrutement dans l’Education nationale, pourrait bien être vivement souhaitée par certains personnels de l’enseignement privé.

Par conséquent, de deux choses l’une : soit les salariés de l’enseignement privé se reconnaissent dans les valeurs de SUD Education, et souhaitent y entrer pour mener nos combats, auquel cas rien ne s’oppose à ce que nous les accueillions ; soit ils ne partagent pas tout ou partie de nos valeurs, et ils n’ont aucune raison de vouloir nous rejoindre, puisque leurs cotisations serviraient à promouvoir des valeurs et soutenir des luttes dans lesquelles ils ne se reconnaîtraient pas.

Aussi la question se transforme-t-elle à nouveau : les personnels de l’enseignement public et ceux de l’enseignement privé ont-ils des luttes à mener ensemble ? Ce qui les réunit est-il plus important que ce qui les sépare ? Si certains salariés de l’enseignement privé répondent positivement à ces questions, pourquoi refuser cette occasion de les accueillir dans nos rangs ?

Un adhérent


[1Remarquons au passage que l’attachement – fort légitime – à ces valeurs, peut-être parfois allié à un certain anticléricalisme, semblent provoquer chez certains des réactions passionnelles de rejet de tout ce qui vient de l’enseignement privé. Rejetons ce qui doit être rejeté, mais après réflexion et pas par une réaction “épidermique”.