Fin du service public d’éducation pour les enfants d’âge préscolaire Vers la fermeture des écoles maternelles ?

jeudi 7 octobre 2004
par  Sud éducation 66

Les nouvelles dispositions en date du 30 septembre 2004 (BO spécial N° 10) viennent modifier le fonctionnement des écoles maternelles et primaire ainsi que l’accueil des enfants d’âge préscolaire (moins de six ans).

Jusqu’à présent, l’accueil des enfants de moins de six ans en école maternelle était un droit dans la mesure où la famille le souhaitait : « Tout enfant doit pouvoir être accueilli, à l’âge de trois ans, dans une école maternelle ou une classe enfantine le plus près possible de son domicile, si sa famille en fait la demande ».

Le nouveau texte évoque l’hypothèse d’« absence d’école ou de classe maternelle. » Dans une telle situation, l’enfant de cinq ans sera admis en école primaire pour accéder au cycle II « cycle des apprentissages fondamentaux ».

Quelles sont les conséquences de ces nouvelles dispositions ?

1. Pour les écoles :

« En l’absence d’école ou de classe maternelle » les enfants de cinq ans sont accueillis dans une école primaire qui comprendra non plus 5 niveaux (CP, CE1, CE2, CM1, CM2) mais 6 niveaux, la grande section de maternelle étant intégrée à l’école primaire. Cela modifie donc le fonctionnement des écoles primaires mais aussi celui des écoles maternelles. Le texte suppose la suppression du cycle I (petite et moyenne section) et le regroupement du cycle II en primaire.

Concrètement, cela signifie la suppression de postes d’enseignants de maternelle. La France possède un modèle unique d’accueil des jeunes enfants avec des professeurs formés à l’enseignement d’apprentissages très précis. Ce modèle a longtemps été envié pour son efficacité et ses résultats.

Aujourd’hui, le nouveau texte fait se profiler un modèle identique à celui de nos voisins européens : l’école maternelle remplacée par des jardins d’enfants.

2. Pour les familles et les enfants :

Que deviennent alors les enfants de moins de cinq ans en l’absence d’école maternelle ? Qui va les accueillir ?

La réponse semble claire. Les parents auront la charge de la garde des enfants jusqu’à l’âge de cinq ans.

L’enfant a besoin de la socialisation qu’apporte l’école maternelle, les savoirs et compétences acquis en cycle I sont indispensables à l’entrée en cycle II.

Ces nouvelles dispositions dessinent un nouveau choix de société.

L’offre d’accueil en crèche, halte-garderie ou chez les assistantes maternelles est déjà dérisoire eu égard aux besoins. La garde d’enfants relève de « l’art de la débrouille ». Dans 84% des cas, c’est la famille qui opère(1).

L’offre de la garde d’enfants par la collectivité et la scolarisation des enfants d’âge préscolaire sont des choix de société.

En prenant de telles dispositions le choix est clair : diminuer les dépenses publiques.

On sait que des fermetures de classe ont déjà eu lieu pour cette rentrée scolaire, que ce soit en milieu rural ou en milieu urbain.

Les ménages les plus riches vont financer le secteur privé et profiter d’une défiscalisation croissante des aides à domicile. Pour les populations aux revenus modestes confrontés à la fermeture d’écoles maternelles, ce sont les difficultés de garde d’enfant, le choix forcé de la cessation d’activité qui se profilent à l’horizon. Pour beaucoup de mères, évidemment, c’est le retour, par le refus d’une politique éducative digne de ce nom, de la « mère au foyer ». Pour les enfants, c’est le recul de la socialisation et de la mise au contact de l’école, facteur d’épanouissement et de réussite scolaire.

Une succession de régressions.

Fédération SUD Education


(1) « Garde d’enfants, l’art de la débrouille » Alternatives économiques N° 228 – septembre 2004 d’après une étude du ministère de la santé et de la protection sociale : « intervention informelle dans la garde des jeunes enfants » Etudes et résultats N°318, juin 2004.