Galères de stagiaires

mardi 30 septembre 2014
par  Sud éducation 66

Par Héléna Molin

«  C’est quoi ta session ? Exceptionnelle ? 2013 ancienne formule ? 2014 rénovée ? Ah, exceptionnelle ? Pas de bol, t’es à 18 heures c’est ça ? Moi c’est 9 heures, mais bon, ils veulent me refaire passer un M2 MEEF alors que je l’ai déjà...  »
Vous ne comprenez, rien ? Ne vous inquiétez pas, les stagiaires eux-mêmes sont paumés. Cette rentrée 2014 est chaotique, triste symbole d’une Éducation nationale qui racle les fonds de tiroirs au mépris de la formation de ses nouvelles recrues...

Pour les stagiaires, tout commence fin août avec un séminaire d’accueil dont on se garde bien au rectorat de leur dire qu’il est «  volontaire  » comme le précisent pourtant les circulaires officielles. Et pour cause : si on disait aux nouveaux qu’ils ne sont pas dans l’obligation d’assister à ces journées de formation, ils seraient certainement nombreux à s’épargner des frais de transports et d’hébergement sur Montpellier - qui resteront à leur charge - afin d’assister à une formation pour laquelle ils ne sont pas couverts, car officiellement ils ne sont pas encore stagiaires. Pire encore, des stagiaires des P.O. se sont vus annoncer à la fin du premier jour que le deuxième se passerait à Perpignan : ils ont repris un billet de train, annulé leur chambre d’hôtel (s’ils le pouvaient), pour une journée de formation à 200 km de leur point de départ... et pour finalement revenir le troisième jour à Montpellier quand l’antenne locale de la flambant neuve ESPE (École Supérieur du Professorat et de l’Éducation) ne pouvait leur offrir leur formation disciplinaire ! Tout cela à leurs frais, bien entendu...
Ensuite vient la question du plan de formation. Le problème, c’est qu’on a tellement raclé sur la formation ces dernières années, qu’il n’y a plus assez de formateurs dans les antennes locales, alors que cette rentrée est exceptionnelle par l’afflux des stagiaires issus des deux concours 2014 :

  •  la session exceptionnelle avec l’admissibilité fin 2013, la possibilité d’effectuer un tiers-temps payé mi-temps en 2013-2014 (contrats dits «  C2A  ») et l’admission fin 2014 ;
  •  la session des concours «  rénovés  », admissibilité et admission en 2014 avec un Master I.

Sur cette base, le ministère a créé deux statuts différents de stagiaires :

  •  Arguant de la possibilité de contrat C2A offerte aux admissibles de «  l’exceptionnelle  », le ministère a considéré que les stagiaires de cette session seraient des stagiaires temps plein à l’échelon 3, auxquels serait proposé «  un parcours adapté  » de formation dont le statut semble bien flou : 12 journées pour les «  grosses  » matières, seulement 5 pour les «  petites  » (celles pour lesquelles il y a très peu de stagiaires)... Si vous cherchez une logique, ce n’est pas une logique de formation, mais une logique budgétaire qui est à l’œuvre dans tout ce micmac. De plus, sans décharge de service, la valeur d’obligation de ces formations est discutable : difficile de retirer à un travailleur qui effectue l’intégralité de son service un trentième de son salaire parce qu’il n’assiste pas à une journée de formation. La pression est évidemment ailleurs : la titularisation.
  •  Les stagiaires de la session «  rénovée  » sont, eux, à mi-temps payé plein temps échelon 1 et effectuent leur formation sur décharge de service. Cette formation est universitaire : elle permet de valider le Master II MEEF. La mauvaise surprise, c’est que ceux qui étaient déjà titulaires de leur Master II... doivent se réinscrire en Master II ! Situation absurde, mais apparemment en passe d’être résolue...

Pour beaucoup de stagiaires des P.O., la situation reste aberrante : certains stagiaires 9 heures des «  petites  » matières doivent faire deux aller-retours par semaine à Montpellier pour des formations qui se finissent parfois à 19h ou 20h ce qui les fait rentrer chez eux dans la nuit alors qu’ils ont parfois cours le lendemain à 8h ! Les stagiaires 18 heures, eux, reçoivent régulièrement des ordres de mission pour leur formation à Montpellier le mardi : pour un stagiaire pradéen par exemple, en train, cela signifie partir de Prades le lundi soir, loger à Perpignan, prendre le train à 6h22 si le formateur n’est pas «  compréhensif  » concernant les retards, et refaire 3 heures de train le soir pour pouvoir aller bosser le lendemain... Certes ils sont remboursés, mais la fatigue occasionnée par ces journées chronophages pour des nouveaux qui ont tout à découvrir et tout à préparer donne à cette arrivée dans le métier un goût amer de double peine :

  •  être considérés comme de la main d’œuvre dont on use au maximum en ne lui accordant aucune décharge de service pour se former ;
  •  avoir à payer en fatigue et en heures supplémentaires une formation que l’Institution doit leur «  offrir  » puisque officiellement ils ne sont encore «  que  » stagiaires.

Sans compter que l’accueil dans certains établissements n’est pas toujours très chaleureux : en effet, même s’ils n’y sont strictement pour rien, ils sont parfois perçus comme des «  voleurs  » de postes de titulaires ! De quoi se demander : «  Mais que suis-je venu·e donc faire dans cette galère !  »