LA PRÉVENTION PAR LA FOUILLE... OU COMMENT S’HABITUER AUX CONTRÔLES SÉCURITAIRES

samedi 14 mars 2009
par  Sud éducation 66

Par Francis Maury

A l’automne 2008, l’intervention « musclée » de gendarmes au sein du collège de Marciac pour une opération de « fouille » anti-drogue (poussée jusqu’aux slibards et soutifs de certain-e-s collégien-ne-s) avait soulevé une forte émotion au sein de la communauté éducative (parents, enseignants, élus) ; la polémique avait même amené le ministre Darcos, dans un communiqué du 02 décembre 2008, à « s’étonner des conditions dans lesquelles des forces de gendarmerie ont pu pénétrer le 19 novembre dernier dans un établissement scolaire de Marciac accompagnées de chiens dressés à la recherche de stupéfiants ».

On pouvait ainsi croire certaines pratiques officieusement désavouées ; que nenni !

Le 11 février 2009, au matin, devant le collège d’Arthez-de-Béarn dans les Pyrénées-Atlantiques, à la descente du bus scolaire, les élèves ont été accueillis par six gendarmes et un chien. Des gendarmes sont montés dans le bus, sans le chien, pour informer les élèves de ce qu’ils allaient faire. Les petits de primaire sont restés dans le bus, et les collégiens sont descendus, se sont sagement alignés. En bas, le chien est passé près d’eux, n’a rien détecté. Ils sont sereinement rentrés en classe, rassurés certainement de n’avoir pas de produits illicites sur eux ! Trois bus scolaires ont été concernés par cette « opération de prévention » organisée à la demande du procureur de Pau qui s’est ensuite exprimé en ces termes : « Tout en douceur. Il n’y a eu ni fouille, ni palpation, ni ouverture de cartable. Aucun incident n’est à déplorer. Ça n’avait rien d’une descente en force. » D’ailleurs il ne comprend pas pourquoi on en fait tout un plat. « Cette intervention s’inscrit dans le plan départemental de lutte contre le trafic de produits stupéfiants et de prévention de la toxicomanie. Ce n’est pas la première. On en fait une dizaine par an. Nous voulons protéger les mineurs, qui sont souvent une cible privilégiée pour les revendeurs, notamment à l’adolescence, vers 13-14 ans. »

La multiplication de ce genre d’opération est de nature à traumatiser les élèves, à perturber la sérénité nécessaire à l’action éducative. L’efficacité de ce genre d’actions spectaculaires et médiatiques ne se mesure que dans « la peur du gendarme » et constitue la base de la prévention par la terreur ou répression anticipée ; un effet notoire de cette politique sécuritaire se concrétise aussi par l’officialisation de la délation ; celle-ci renaît de ses cendres dans un proche domaine : une circulaire de M. Besson, ministre de l’Immigration (05 février 2009) permettant d’attribuer des « titres de séjour provisoire » aux immigrés victimes de filières clandestines qui les dénonceraient fait à peine débat ! Magnifique exemple de morale à la carte perverse ou l’impunité des uns se base sur la délation d’autres ayant commis le même acte ! Nous atteignons bien là le creuset de la politique de prévention de la délinquance : le pouvoir s’attribue toujours plus de prérogatives et de moyens pour contrôler et normaliser nos vies selon les critères qui lui conviennent. Pour Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP, « la dénonciation est un devoir républicain ». Il est vrai que M. Besson, ex-socialiste et zélé ministre actuel de l’immigration et de l’identité nationale, est un exemple de l’ouverture aux (fausses) nouvelles idées ; au point d’être désormais secrétaire général adjoint de l’UMP ; il se retrouve en charge du secteur « prospective » de l’organisation, où il préparera « les réformes pour l’avenir ». Charmantes perspectives ! L’appel à témoins rémunéré officialisé par la loi Perben II, n’était bien qu’une étape. Les médecins italiens peuvent désormais dénoncer à la police un patient clandestin. Cette norme vient d’être votée par le Sénat, dans le cadre d’un paquet de mesures destinées à renforcer la sécurité sur le territoire. Peut-être de nouvelles idées à ne pas mettre entre toutes les mains.

Pour en revenir à Arthez-de-Béarn, lors d’une réception organisée mercredi 14 janvier pour les vœux du maire, celui-ci a fermement insisté sur son attachement au service public : « c’est grâce à la force de ce service que la France a un peu mieux résisté que d’autres pays à la grande crise financière, mais, a-t-il affirmé, nous ne pourrons lutter que solidairement contre les difficultés à venir. Ce n’est pas en opposant les Français les uns contre les autres que nous avancerons ! » Il a terminé en souhaitant « Une année 2009 riche et dynamique en perspective, afin qu’Arthez-de-Béarn demeure une commune où il fait bon vivre. » En tout cas, les arrêts de bus scolaires semblent y rester des lieux « sûrs » où il fait bon « s’aligner ».