NOUVEAUX HORAIRES D’ENSEIGNEMENT POUR L’ÉCOLE ÉLÉMENTAIRE

vendredi 12 septembre 2008
par  Sud éducation 66

DE LA PATATE CHAUDE... À LA DOUCHE FROIDE !
Par Francis Maury

Le BO du 28 août 2008 et les notes de service très “techniques” de certains IEN (ou même d’organisations syndicales) laissent croire à la simplicité et au bien-fondé de cette mesure.
Bon nombre de parents d’élève n’ont ainsi pas toujours réalisé que l’immense majorité des élèves a réellement perdu deux heures d’enseignement hebdomadaire.
Le plus dur reste cependant à faire : planifier ces 60 heures de soutien (45 heures en situation d’enseignement et 15 heures de “préparation”) en prenant en compte les très nombreuses difficultés qui voient le jour.

Si ces heures se font le matin avant les cours en classe entière ou bien le soir, le service de nettoyage des locaux scolaires pose une contrainte non négligeable. Si ces heures se font dans la pause méridienne, c’est la prise en compte des services de restauration scolaire qui pose problème. Ne parlons pas des écoles du milieu rural qui doivent parfois intégrer le service de ramassage scolaire qui ne pourra se dédoubler. Ne parlons pas non plus du vendredi qui restera un jour peu “exploitable” pour l’organisation du soutien en fin de journée, week-end oblige !

Parlons un peu de la possibilité de voir des collègues, au sein d’une même école, effectuer ces mêmes heures sous deux statuts financiers différents : l’immense majorité dans le cadre de l’obligation de service normalement rémunérée par notre traitement mensuel, une minorité (IMF) payée en heures supplémentaires défiscalisées.
Que de clivages en perspective !

La situation des titulaires remplaçants, particulièrement les ZIL, reste très contrastée en fonction des circonscriptions ; ils seront amenés à effectuer ces heures de soutien sur leur lieu de remplacement, donc sans aucune programmation possible dans le cas de remplacements courts…
La stratégie sera-t-elle alors d’effectuer ces 60 heures le plus vite possible dans l’année (afin d’en être “débarrassé”)… ou bien de se rendre compte que le hasard des remplacements lui interdit d’étaler ses heures dans une relative harmonie et que la fin de l’année approchant il sera “débiteur” d’un certain nombre d’heures ?

Mais peut-être n’est-ce que la fin programmée des remplacements de courtes durées qui s’annonce… Quid des IMF et de leur rôle de formateur qui se réduit de 2 heures par semaine ?
L’aspect discriminatoire et purement démagogique de ces nouveaux horaires s’applique ainsi tant aux enseignants qu’à leurs élèves, pour des raisons différentes !

Des réseaux d’aide (RASED) plus conséquents et au moins un enseignant surnuméraire par école répondraient beaucoup plus efficacement à l’ambition d’éliminer massivement l’échec scolaire, la grande majorité des professionnels de l’éducation en conviennent… mais pas Monsieur Darcos !
Celui-ci ne fait qu’appliquer les règles comptables préconisant la suppression du plus de fonctionnaires possible…

Il faut dire que la politique de communication coûte cher ; par exemple, quand on apprend qu’un livret sur les nouveaux programmes arrivera dans chaque foyer de parent d’élève (guide pratique pour les parents), on comprend vite que l’important c’est de beaucoup communiquer sur le peu qu’on fait… pas de donner les moyens à ceux qui font !

Le “flou” des textes officiels permet l’interprétation locale, départementale ou académique ; ainsi un rapide “tour de France” des dispositifs laisse un désagréable goût de… n’importe quoi !

Exemples :
– Dans la Manche, on nage dans la confusion. Les Titulaires Remplaçants n’auront pas de service à effectuer sur les remplacements courts (moins d’une semaine) ; l’IA divise les écoles en trois groupes :
1° celles qui ont un projet qui ne posent aucun problème. Elles seront validées et quelques-unes ont déjà mis la machine en route ;
2° celles où la mise en place sera très difficile : ramassage scolaire quasi impossible à modifier, pause méridienne courte (au plus 1h30) et les écoles éclatées sur plusieurs sites (RPI et autres) ;
3° celles qui ont boycotté ou n’ont rien rendu. Les IEN « proposeront » un schéma.
Comme quoi celles-ci ont eu mille fois raisons : pas de responsabilité morale dans ce bazar et un grand sens de l’économie (pas besoin de se creuser) ;
Dernière nouveauté de rentrée : des harmonisations locales ont lieu, sous prétextes municipaux, sous la responsabilité des IEN et de concert avec certains directeurs qui ont court-circuité l’avis du conseil d’école (opposé ou passif).

– Dans le Tarn, sur les 60 heures, 50 sont à rendre devant les élèves, 10 sont réservées pour la préparation du soutien et les rendez-vous avec les parents.

– En Charente, beaucoup avaient prévu 42 heures avec les élèves ; refus des IEN. Ce sera 40h/20h : décalage du temps de classe de l’après-midi de 20 minutes : classe de 13h50 à 16h50, soutien de 13h30 à 13h50 tous les jours sur 30 semaines.
Certaines écoles prévoient de conserver la classe entière : travail en autonomie + groupe de soutien.

– La version varoise (circulaire IA83 de début septembre) : 60h = 48h devant les élèves + 12 heures de préparation dont 6 heures en septembre pour la mise en place du dispositif. Soit 2 heures par semaine pendant 24 semaines, début le 6 octobre et arrêt fin mai. Projets à rendre le 20 septembre.

– Encore plus fort ! L’Inspecteur d’Académie d’Aix-Marseille impose les Réunions d’Information Syndicales en dehors des 24 heures devant élèves en argumentant sur les nouveaux textes qui redéfinissent le cadre de fonctionnement des écoles. Les enseignants qui n’auront pas participé aux RIS feront de la réunionnite ce jour-là, avec compte rendu à l’IEN. Cette proposition a été discutée et acceptée par certaines organisations syndicales. Une intervention directement au ministère est prévue pour dénoncer cette interprétation que nous jugeons abusive.

Quand on légifère (comme cela vient d’être fait ici, mais si souvent sur d’autres sujets depuis plus d’un an) dans l’urgence, dans le seul but d’économiser des postes budgétaires… on réduit l’investissement sur l’avenir que représente l’éducation et la formation de notre jeunesse… on joue perdant sur les moyen et long termes.

Si nous sommes unis, nous pouvons lutter ! Si nous l’acceptons, nous en serons complices !