PIQÛRE DE RAPPEL, QUELLE MOUCHE LES A PIQUÉS ? 30 ANS DE PRÉCARISATION !!!

samedi 10 juin 2006
par  Sud éducation 66

  • 1977 : « Pacte pour l’emploi des jeunes », premiers contrats de travail dont les cotisations patronales sont prises en charge par l’Etat (stages Barre).
  • 1981 : Grande période des stages défiscalisés en entreprise avec formation complémentaire comme les « Stages de formation alternée » et les « Stages d’orientation approfondie » pour les 16-21 ans, puis les « stages de préparation à la vie professionnelle » et les « Stages jeunes volontaires » pour les 18-21 ans.
  • 1983 : « Stages d’initiation à la vie professionnelle » (SIVP) et « Contrat de qualification » pour les jeunes, travail avec formation en alternance sous le statut d’apprentis.
  • 1984 : « Travail d’utilité collective » (TUC), mi-temps de 6 mois renouvelables au sein de collectivités locales et d’associations.
  • 1990 : « Contrat emploi solidarité » (CES), mi-temps de 12 mois renouvelables dans le secteur non-marchand.
  • 1992 : Nouveaux emplois aidés par l’Etat d’une durée totale de 5 ans comme les « Contrat emploi consolidé » (CEC), super CES à trois quarts temps, et les « Contrat retour à l’emploi » (CRE) à durée déterminée ou indéterminée avec formation.
  • 1995 : « Contrat initiative emploi » (CIE), travail dans le secteur privé pour les chômeurs de longue durée et les allocataires d’un minimum social.
  • 1997 : « Emplois Jeunes », contrats à temps plein de 5 ans réservés au moins de 26 ans et payés au SMIC non-qualifié.
  • 2003 : « Contrat d’insertion des jeunes dans la vie sociale » (CIVIS) pour les jeunes.
  • 2005 : Diminution de la défiscalisation des nouveaux emplois aidés par l’Etat, dont le « Contrat d’accompagnement dans l’emploi » (CAE pour remplacer les CES et les CEC), le « Contrat d’avenir » (CA ouvert au secteur non-marchand pour les allocataires d’un minimum social), le « Revenu minimum d’activité » (RMA pour activer le RMI), le « Contrat jeunes en entreprise » (CJE qui succède au Contrat de qualification), le « Contrat de professionnalisation » (même chose à partir de 26 ans) et le « Contrat nouvelle embauche » (CNE qui inaugure pour les petites entreprises privées une période d’essai de 2 ans.
  • 2006 : CPE, simple CNE pour les jeunes.

La capacité des étudiants à se battre sur le terrain de classe contre le CPE et leur volonté, même minoritaire, d’appeler à la participation de tous les salariés à rejoindre leur combat marquent une ligne d’affrontement politique et de classe ; lors de ce mouvement, elle s’est située au niveau de la nécessité d’élargir la lutte aux secteurs salariés et particulièrement au niveau de leur entrée en grève massive aux côtés des étudiants.

Dès son déclenchement, la lutte, par sa nature profonde et sa combativité, détenait en elle des potentialités importantes pouvant s’exprimer à travers un mouvement massif et général des salariés dans la mesure où ceux-ci ont de suite saisi le sens et l’ampleur de l’attaque qui était menée à travers le CPE et ressenti une solidarité immédiate avec les étudiants ; la nécessité d’une riposte forte et unitaire semblait possible. C’était sans compter sur la nature pré-électorale qui motive et induit les comportement d’organisations supposées défendre les droits des travailleurs ; cette lente et ancienne dérive co-gestionnaire montre là toute son efficacité. Nombreux syndicats ont dû s’employer pour contenir les expressions de combativité et la volonté de lutte qui tendaient à apparaître. Tous les syndicats ont oublié leurs “querelles”, leurs “divisions” et ont unis leurs forces pour cela. Ils ont utilisé, comme ils savent le faire, l’arme des Journées d’action au cours desquelles des grèves et des manifestations - massives mais parfaitement contrôlées - avaient lieu. Le fait qu’ils aient dû en organiser plusieurs exprime la force de la pression exercée par la jeunesse en colère durant plusieurs semaines. Mais ces journées dites d’action ont servi de défouloir à la combativité montante et à la possibilité de solidarité de l’ensemble des travailleurs. En les organisant et les planifiant dans le temps, tout en évitant soigneusement toute expression ouverte de lutte ou de grève dans les entreprises, ils ont fait de ces moments une fin en soi, chaque journée suivante devant faire au moins aussi bien que la précédente sous peine de marquer « le recul et la fin du mouvement ». Ils ont ainsi réussi à focaliser toutes les attentes sur la “réussite” de ses seules journées, détournant toute initiative d’une véritable extension du mouvement qu’auraient assumé et pris en charge les grévistes. Les salariés n’avaient finalement comme choix, lors de ces journées présentées faussement comme la réalisation de l’extension, que de défiler en cortège derrière les syndicats, plus ou moins séparés des cortèges étudiants - eux-mêmes entourés de service d’ordre empêchant toute intrusion sous prétexte de défense contre les voyous et les casseurs -, ou bien d’accompagner individuellement les parties où défilaient les étudiants. La scission préméditée de nombreuses fins de manifestations illustre parfaitement cette hypothèse. Ces journées ont réussi ainsi à nous détourner de toute perspective réelle d’extension et d’unification de cette lutte sociale.

La faiblesse principale du mouvement, et l’enjeu politique du combat de classe, a été le fait que les salariées les plus déterminés n’ont pas rejoint les étudiants dans la grève ouverte, massive, reconductible afin de lui donner une autre dimension.

Le nombre très important de participants de tous âges, salariés, chômeurs, retraités, aux côtés des étudiants dans les manifestations du 7 mars, est l’expression que cette unification est alors réalisable. Lors de celle qui a lieu à Paris, les syndicats laissent les cortèges étudiants prendre la tête de la manifestation - ce qui n’était pas prévu au départ - et une partie de leurs mots d’ordre - une bonne moitié au moins - sont des « Appel à la grève générale » et des « Etudiants, salariés, chômeurs, précaires, retraités, tous ensemble ». Ces slogans vont encore apparaître lors de la manifestation étudiante et lycéenne du 16 mars à Paris au cours de laquelle commencent à intervenir des groupes de jeunes, peu nombreux mais “organisés” en bande, qui se lancent dans des violences gratuites et s’attaquent même aux manifestants isolés et les volent. Ce jour-là, il y a plus de 500 000 manifestants dans toute la France malgré le fait que les syndicats n’ont pas appelé directement à la grève. Cependant ils ont déposé des préavis qui “permettent” légalement de faire grève, mais comme un acte individuel, pour aller à la manifestation.
Lors des manifestations du samedi 18 mars qui voient plus d’un million de manifestants de « tous âges », ces mots d’ordre d’extension et d’unification ont quasiment disparu des cortèges étudiants. Par contre, le Parti socialiste réapparaît et est accepté avec ses propres banderoles, pour la première fois depuis longtemps, dans la manifestation. Cette manifestation du 18 mars manifeste encore plus la grande maîtrise de l’ensemble des forces syndicales et de gauche, qui peuvent se permettre non seulement d’accepter sans s’y opposer, sans la freiner aucunement, une manifestation d’une telle ampleur, mais même de l’organiser complètement.

Le retrait du CPE par le gouvernement est venu apporter du crédit à la mystification que les syndicats unis sont une garantie de succès. Et, pour couronner le tout, nous avons pu assister à une recrédibilisation des partis de gauche, en particulier du Parti socialiste - qui ne pouvait se présenter comme tel dans les manifestations de rue il y a encore quelques semaines sans être sifflé, voire carrément expulsé ! - et à une vive relance de l’opposition mystificatrice entre la droite et la gauche, opposition derrière laquelle les citoyens sont appelés à inscrire leur combat, avec, au bout, la perspective prétendument “salvatrice” de... l’élection présidentielle de 2007.

Par ailleurs, et en complément, la « démocratie » française a su tirer profit de ce mouvement, en particulier de sa mise en avant des violences de fin de manifestation ainsi que de cette partie des jeunes de banlieue qui cèdent à la violence et à la pratique de racket des manifestants, pour renforcer de manière significative l’illusion du caractère soi-disant démocratique et pacifiste de cet Etat républicain. Le ministre de l’intérieur, le véritable leader de la droite aujourd’hui, Sarkozy, amplement relayé par les télévisions, a su tirer partie aux plans idéologique et politique de la “retenue” et de la maîtrise de la police anti-émeutes, les CRS et les gendarmes mobiles, face aux violences minoritaires (que les préfectures savent si bien, pour le moins, manipuler). Excellente gestion complémentaire de ce type de situation sociale tant sur le plan politique que répressif, mais en plus l’illusion sur le caractère démocratique de la République française a été renforcée avec cette police que l’on a présenté comme composée de bons père de famille qui “comprenaient” les manifestants et qui étaient là pour les protéger “des casseurs et des voyous” !

La répression contre le mouvement anti-CPE a été beaucoup plus forte en terme de nombre d’arrestation et de procès que celle en 1993, contre le C.I.P. (salaire à 80% du SMIC pour les jeunes) qui avait vu pourtant beaucoup plus d’actions directes (d’actions qui décrédibilisent le mouvement comme disent les médias et les autorités).

Les chiffres officiels de la chancellerie en date du 18 avril 2006 avouent que la police a arrêté plus de 4 350 personnes et que 637 sont passées en procès.

Une République qui résous les conflits sociaux par la construction de prisons supplémentaires présage de luttes encore plus fortes…La “jeunesse” nous l’enseigne, l’histoire aussi !

En particulier, il est clair qu’une nouvelle génération vient de vivre en France sa première expérience de lutte ; cette génération pourra faire de cette expérience un jalon pour son émancipation, et peut-être pour celle des travailleurs.

Depuis les luttes de 2001 en Argentine jusqu’à la grève des métros et des bus de New-York en décembre 2005, la précarisation sociale incite à reprendre de plus en plus, et partout, le chemin de la lutte pour la défense de ses conditions de travail et de vie qui sont violemment et frontalement attaquées. Et “la lutte contre le CPE” s’est développée au moment même où des grèves et manifestations massives se déroulaient en Allemagne, particulièrement en mars, où les travailleurs de certains services publics se voyaient imposer une augmentation du temps de travail sans augmentation de salaire, tout comme en Grande-Bretagne où une nouvelle réforme des retraites fait reculer l’âge du départ dans une partie des services publics. Le jour même de la manifestation française du 28 mars, un million de travailleurs britanniques faisaient grève et manifestaient.

Francis Maury