UNE IMPOSTURE : LE RETOUR A L’ÉCOLE D’AVANT-HIER

jeudi 9 décembre 2004
par  Sud éducation 66

Le rapport Thélot est paru, répondant davantage à une stratégie politique de diversion qu´à une véritable réflexion pour une prochaine Loi d´Orientation. Ne s´agit-il pas de focaliser la contestation sur des sujets corporatistes ?
Nous craignons fortement que pendant ce temps, la future Loi d´Orientation ou de Programmation reprenne à son compte les recommandations réactionnaires des nostalgiques de l´école d´autrefois. Déjà, quelques déclarations, projets de circulaires, devançant la Loi, nous font craindre une régression par rapport à la Loi d´Orientation de 1989.

La bonne vieille dictée et la morale, la restauration de l´autorité et le retour aux punitions collectives : l´école républicaine a davantage les yeux tournés vers la nostalgie d´un passé mythique que vers un avenir émancipateur. On voudrait nous faire croire à un « paradis perdu » de l´école et de l´éducation, vers lequel il suffirait de se retourner pour résoudre les questions qui se posent aujourd´hui. Ces nostalgiques ont un peu vite oublié qu´à la belle époque des encriers, une moitié de chaque génération seulement accédait au Certificat d´études. Or les exigences sociétales et sociales ont profondément changé : il ne s´agit plus d´instruire les enfants du peuple pour la vie entière, sur le seul temps de « la primaire » afin de parvenir à un emploi qualifié, mais de former des hommes et des femmes capables de se mobiliser dans des tâches de plus en plus complexes, et d´éduquer des citoyens impliqués et critiques ; tout cela dans un monde incertain et complexe.

Il est plus facile aujourd´hui de se plaindre des jeunes, de leur famille et de l´environnement socioculturel que de remettre en cause le système éducatif et d´admettre qu´il continue de reproduire les inégalités sociales tout en stigmatisant l´échec individuel.

Les jeux semblent faits sous la pression conjointe des projets libéraux et républicains, les premiers, au nom de l´efficacité économique et de la réduction des dépenses publiques, les seconds au nom de la restauration d´un ordre ancien. Cela se traduit par le retour aux disciplines fondamentales, par l´empilement de savoirs de base, par le recours aux punitions pour asseoir l´autorité, par le renforcement de l´individualisme et de la compétition...

Pour notre part, membres du mouvement pédagogique créé par Célestin Freinet, loin de ces lamentations passéistes et de toute école élitiste et ségrégationniste, nous préférons :

Une École qui prenne en compte l´environnement de chaque enfant, de chaque jeune, de chaque adulte afin qu´il puisse, avec le temps dont il a besoin, connaître et reconnaître sa propre culture et ainsi la relier à la culture universelle.

Une École qui, à l´inverse de la transmission uniforme des savoirs, développe des situations permettant l´appropriation des connaissances dans une démarche naturelle d´apprentissage privilégiant la création, l´expression et le tâtonnement expérimental.

Une École qui développe la parole libre et créatrice, construite et argumentée dans un espace coopératif où l´hétérogénéité trouve naturellement sa place.

Une École polytechnique pour tous, laïque et populaire, émancipatrice et coopérative qui permette aux enfants et aux jeunes de se construire et de conquérir des outils pour appréhender la complexité du monde d´aujourd´hui et ainsi agir sur lui...

Nous en appelons à toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans cette école, à s´associer et se rassembler dans un front de l´Éducation Populaire.

ICEM - Pédagogie Freinet


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