Remaniement

mardi 30 septembre 2014
par  Sud éducation 66

Par Patrice Bégnana

Les ministres se suivent, rapidement, et se ressemblent. Certes, suite au passage éclair de Benoît Hamon, exclu du gouvernement pour un chahut anodin, il a été remplacé, a-t-on souligné, par une femme. Issue de l’immigration, elle a immédiatement suscité les attaques des réactionnaires de tout poil qui ne jure que par l’ancien… régime. Une couverture d’un magazine conservateur la présentait comme un ayatollah. Elle soutiendrait la cause de l’égalité entre les hommes et les femmes. Voilà qui horripile les partisans d’un prétendu ordre naturel que (saint) Thomas d’Aquin aurait théorisé au XIIIe siècle.
Et pourtant, les premiers pas de la ministre suivent le rythme de ses prédécesseurs. D’abord, elle défend les fameux nouveaux rythmes dans le primaire obligatoires cette année dans tout l’enseignement scolaire public. Chaque commune propose son menu en fonction de considérations variées. Les remplaçants dans le primaire devront jongler avec des moments de repos différents qui accroîtront leur semaine et posent problème. Quant aux enfants qui se lèvent cinq fois, qui ont des journées tout aussi longues pour être libérés le vendredi après-midi, on ne sait toujours pas ce qu’ils y ont gagné. Le seul vainqueur est l’enseignement privé sous contrat qui, n’étant pas soumis au décret sur les rythmes scolaires, reçoit un afflux d’élèves.
Bien évidemment, la nouvelle ministre entérine les nouveaux décrets qui entreront surtout en vigueur en 2015 sur le statut de professeur du primaire ou du secondaire. Pour ces derniers, le point II de l’article 2 présente une liste de tâches non rémunérées en tant que telles et infinies dans leur libellé comme « l’aide et le suivi du travail personnel des élèves, leur évaluation, le conseil aux élèves dans le choix de leur projet d’orientation en collaboration avec les personnels d’éducation et d’orientation, les relations avec les parents d’élèves ». Nul doute qu’il va être simple de suivre personnellement des élèves toujours plus nombreux dans des classes surchargées.
La séparation des agrégés (15 heures) et des autres (18 heures sauf exception) est entérinée. Or, l’alignement sur le statut des agrégés serait la seule façon de sortir de cette absurdité et de cette injustice qui amène à distinguer le temps de travail et les rémunérations en fonction du concours d’origine lorsque le métier est le même. Dans cette logique de pérennisation de la logique des corps, le nouveau décret clarifie le temps de travail des personnels du premier degré qui interviennent dans le second degré, notamment dans l’enseignement spécialisé : pour eux, c’est 21 heures et non 18 comme les certifiés et assimilés.
Bien évidemment, les nouveaux décrets prévoient des décharges de service attribuées directement par le Recteur ou indirectement après délibération du Conseil d’Administration pour des missions particulières. Ce qui revient à accentuer le poids de la hiérarchie.
Il était pourtant possible d’allier la rigueur budgétaire, l’amélioration des conditions de travail et de salaire. La nouvelle ministre pourrait ainsi suivre son prédécesseur qui semblait opposé à l’austérité tout en satisfaisant aux impératifs supposés de l’économie. Il y a en effet une source d’économies insoupçonnées.
Madame la ministre, supprimez la hiérarchie pour économiser des postes. D’abord, l’inspection. Composée d’excellents pédagogues, il paraît évident que le retour devant les élèves de la totalité des inspecteurs permettrait de substantielles économies pour une efficacité pédagogique accrue. Les conseils qu’ils donneraient quotidiennement dans les écoles, les collèges et les lycées vivifieraient notre enseignement. Ensuite, nul doute que les chefs d’établissement et leurs adjoints dont les compétences en matière de conduite de classes sont unanimement reconnues trouveraient devant les élèves un terrain propice et épanouissant. Leur exemple imité résoudrait les problèmes de discipline. Enfin, la totalité des primes, redistribuées de façon égale, la location des logements de fonction affectée aux crédits pédagogiques, mettraient un peu d’huile dans des rouages bien grippées. Bien évidemment, la disparition de la hiérarchie implique l’avancement de tous au rythme le plus rapide, ce qui économiserait quelques réunions de Commission Administrative Paritaire strictement inutiles. La Hors Classe serait la simple suite de la carrière. Elle n’exigerait plus pour être obtenu la déférence.
Comment ferions-nous sans hiérarchie ? Mieux, à n’en pas douter.


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