Souffrance au travail : les personnels du lycée d’Argelès réagissent

mercredi 7 décembre 2016
par  Sud éducation 66

Entretien réalisé par Nina Castellarnau

Le 6 octobre 2016, 80 % des personnels du lycée Bourquin d’Argelès-sur-Mer se sont mis en grève pour dénoncer une situation inacceptable. Pasqual Tirach, professeur de catalan au lycée Bourquin, nous en parle.

Pourquoi est-ce que cet appel à la grève a eu lieu ?
Les conditions de travail sont exécrables à cause du malaise qui s’est instauré entre la direction et le personnel, personnel enseignant en particulier et administratif, parfois. Les griefs portent sur le manque de communication et sur le comportement autoritaire et infantilisant du chef d’établissement. Le manque de communication paralyse nos activités, les décisions souvent unilatérales ne supportent aucune négociation ; le mépris, enfin, pour notre travail et notre personne, nous porte préjudice. Même si on ne peut pas attribuer toutes les demandes de mutation à ce conflit, on ne s’étonnera pas du nombre de collègues qui ont jeté l’éponge ; on peut en revanche comptabiliser les arrêts maladies ou les traitements antidépressifs suite à des entretiens “musclés”.

Quelle est la situation au lycée ?
Depuis la mise en place des proviseurs interim, nous avons changé d’interlocuteur, nous jouissons à présent d’un dialogue serein, même si les contraintes n’ont pas changé (en particulier les contraintes économiques) et que les décisions appartiennent encore à Madame la Proviseur.

Depuis quand est-ce que cela dure ?
Dès les premiers mois après l’ouverture, on s’est aperçu que le ton et les manières de la proviseur ne correspondaient pas à sa fonction ni à la situation. Certains voyaient là des méthodes de managing, d’autres attribuaient cette tension au stress de l’inauguration. Mais les mois passant, on n’a remarqué aucun bémol dans le comportement tyrannique ni aucun changement de langage. Certains collègues n’ont pas eu à subir ces rencontres houleuses mais s’aperçoivent du mal être qui s’est installé. Combien sont sortis en pleurs de son bureau ? Il est vrai que d’autres collègues soutiennent l’action de la proviseur, puisqu’ils n’ont pas subi ces affronts. On ressent une certaine incompréhension mutuelle mais on aurait tort de croire que cela va envenimer nos relations professionnelles ou personnelles.

Est-ce que certains personnels ont saisi la justice ?
Non. En juin dernier, l’intersyndicale a saisi le Comité Hygiène et Sécurité qui a réuni le personnel en début d’année et nous a permis d’interpeller les interlocuteurs responsables, le DASEN en premier lieu, puis Madame le Recteur à qui l’intersyndicale a remis nos doléances sous forme de témoignages.

Quelles sont les revendications de l’intersyndicale et des personnels ?
On souhaite que Madame le Proviseur corrige ce comportement autoritaire, (qui n’est pas compensé par des compétences qui pourraient malgré tout nous encourager et garder espoir que ce nouvel établissement trouve la place qu’il mérite dans le paysage de l’éducation), qu’elle revoie la gestion du personnel (les proviseurs ne suivent-ils pas de formation en « ressources humaines » ?) et que cessent les décisions injustifiées.
En parallèle, nous dénonçons le manque d’intérêt pour des points essentiels d’éducation, d’hygiène, de sécurité (on a obtenu récemment, par exemple, l’installation de téléphones dans les ateliers de cuisine).

Vous étiez en attente d’un entretien avec le DASEN, qu’en est-il ressorti ?
Les responsabilités du Directeur Académique avaient atteint leurs limites. Une répartition des tâches entre plusieurs proviseurs-adjoints allait mettre de l’huile dans les rouages, mais c’était insuffisant. Ainsi, lors la deuxième journée de grève, nous nous sommes rendus à la DSDEN pour réclamer que le dossier poursuive son cours vers le Rectorat. L’intersyndicale a obtenu qu’une mission d’expertise soit détachée sur le lycée. La direction et les personnels, par discipline, seront reçus. De plus, une cellule d’écoute psychologique a été mise en place avec l’aide de notre infirmier et du Docteur Jong, de la médecine préventive. Nous souhaitions que le mal-être des personnels soit pris en considération. C’est chose faite.

LE HARCÈLEMENT MORAL

Le harcèlement moral est interdit dans la fonction publique (comme ailleurs !), même en l’absence de lien hiérarchique avec l’auteur des faits. Il se manifeste par des agissements répétés : remarques désobligeantes, intimidations, insultes, etc. Il produit une forte dégradation des conditions de travail de la victime qui risque de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel (Loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires. Loi dite loi « Le Pors »).

Si vous êtes victime de harcèlement moral, vous êtes protégé que vous soyez fonctionnaire titulaire, contractuel ou stagiaire.
Les recours sont multiples : alerte du CHSCT et des représentants du personnel, médiation, saisine du tribunal administratif et/ou de la justice pénale.
Dans tous les cas, parlez-en à un syndicat.

Plus d’infos sur servicepublic.fr


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